Un quart des Belges pourraient ne jamais avoir d’enfant
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Une étude de l'UCLouvain montre que la baisse de la natalité ne s'explique plus seulement par des familles moins nombreuses : l'entrée dans la parentalité devient elle-même de plus en plus difficile. Une évolution qui invite à repenser les politiques familiales.
La baisse de la fécondité est aujourd'hui une réalité dans la plupart des pays développés. En Belgique, comme ailleurs en Europe, le nombre moyen d'enfants par femme est désormais bien inférieur au seuil de renouvellement des générations. Mais derrière ce constat bien connu se cache une évolution plus profonde.
Les économistes Thomas Baudin (professeur à IESEG School of Management à Lille et est chercheur associé à l’IRES/LIDAM, UCLouvain), David de la Croix (professeur à l’IRES/LIDAM - UCLouvain) et Paula Eugenia Gobbi (professeure à ECARES/Solvay Business School of Economics and Management - ULB) montrent que le phénomène ne résulte plus uniquement de familles qui choisissent d'avoir un deuxième ou un troisième enfant de moins. De plus en plus de personnes ne deviennent tout simplement jamais parents. L'infécondité – c'est-à-dire le fait de ne pas avoir d'enfant au cours de sa vie – est devenue une composante majeure de la baisse de la natalité.
Pour mieux comprendre cette évolution, les chercheurs proposent un nouvel indicateur qui mesure les conditions actuelles d'entrée dans la parentalité. En Belgique, celles-ci correspondent aujourd'hui à une probabilité d'infécondité proche de 25 %. La Belgique n'est pas un cas isolé. Des niveaux similaires sont observés au Danemark, en Suède ou aux États-Unis. Les proportions sont encore plus élevées en Espagne, en Finlande, au Japon et atteignent près de 45 % en Corée du Sud.
Le premier enfant est devenu le principal défi
Pourquoi cette évolution ? Pour les auteurs, le véritable changement concerne le passage à la parentalité. Avoir un premier enfant suppose aujourd'hui de réunir de nombreuses conditions : former un couple stable, accéder à un logement adapté, bénéficier d'une sécurité financière suffisante et parvenir à concilier vie professionnelle et vie familiale.
Lorsque ces étapes sont retardées, le projet d'enfant l'est aussi. Et, à force d'être reporté, il peut parfois ne jamais se concrétiser.
Les chercheurs soulignent également le rôle central de l'évolution des couples. En Belgique, la proportion de femmes âgées de 25 à 39 ans vivant en couple est passée de 91 % en 1970 à 65 % en 2020. Or, dans la grande majorité des cas, la parentalité reste étroitement liée à une relation stable.
Une réalité aux multiples visages
L'étude rappelle également que les personnes sans enfant ne constituent pas un groupe homogène. Certaines sont confrontées à des difficultés biologiques, d'autres renoncent en raison de contraintes économiques, du coût du logement ou des difficultés à concilier carrière et parentalité. Pour d'autres encore, c'est l'absence d'un partenaire ou un choix de vie pleinement assumé qui explique cette situation.
Cette diversité montre qu'il n'existe pas une cause unique, ni une réponse unique.
Repenser les politiques familiales
Les auteurs invitent ainsi à dépasser le simple débat sur la natalité. Selon eux, l'enjeu n'est pas de convaincre davantage de personnes d'avoir des enfants, mais de permettre à celles et ceux qui le souhaitent de réaliser leur projet parental dans de bonnes conditions.
Ils plaident notamment pour des politiques qui facilitent l'accès au logement, réduisent les inégalités économiques, favorisent un meilleur partage des responsabilités parentales entre femmes et hommes et limitent les conséquences de la parentalité sur les parcours professionnels.
Au-delà des chiffres, cette étude montre que la baisse de la natalité est aussi le reflet des transformations profondes de nos modes de vie, de nos relations et des conditions dans lesquelles chacun peut envisager de fonder une famille.