Discours de Liza Lecocq et Thomas Herry, co-président·es de l'AGLouvain
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Rentrée académique 2026-2027

Notre maison brule. 3 mots, 3 mots qui résument l’année académique qui vient de s’écouler. La planète s’embrase, nos démocraties sont attaquées de toute part et notre santé mentale part en fumée. Voilà le monde dans lequel nous et l’université évoluons.
Notre maison brule, littéralement. Il y a 7 ans nous marchions déjà pour le climat et rien n'a été fait pour empêcher 3366 hectares de bruler cet été en Belgique. Et cet été, c'est sous 38 ° C que certaines étudiantes ont entamé leur session d'examen le 14 août.
Notre maison brule, nos démocraties sont attaquées. Les universités ne sont pas épargnées. Le minerval augmente, l’accessibilité diminue. Moins d’étudiantes formées, moins de citoyennes averties, moins de défense de la démocratie. Des citoyennes formées, critiques sont indispensables à une vie démocratique. Les étudiantes jobbent plus, consacrent donc moins de temps à leurs études et sont bloquées par des règles de finançabilité toujours plus restrictives. Comment former des citoyennes actrices du monde dans ce contexte ? L’université est attaquée, la liberté académique est attaquée, instrumentalisée, les sciences humaines sont dévalorisées, critiquées, méprisées et comble on nous annonce qu'on souhaite encourager le développement de la recherche contre l'extrémisme alors que les mêmes définancent ces recherches qualifiées “d'inutiles”.
Et face à cela, notre santé mentale part en fumée. En 2024, une jeune sur quatre souffrait d’un trouble anxieux ou dépressif. Les règles de finançabilité iniques, l’augmentation du travail étudiant, l’augmentation du minerval. Tout cela consume la santé mentale des étudiantes. Cela dans un contexte global anxiogène n’ayant que le mot « guerre » à la bouche. Comment est-il possible d’être heureuse et épanouie dans un monde en proie aux flammes, à la guerre et à la montée du fascisme ? Dans ce monde en feu, quel est le rôle d’une université ? Questionner le monde ? accompagner son cheminement ? être actrice de la société ?
L'université est comme le thé, quand il est chaud, il réchauffe et redonne de l'énergie, quand il est froid, il rafraichit et apaise mais quand il est tiède, il est imbuvable. Une université qui s'oppose ardemment redonne de l'élan, une université qui assoit une décision apaise, mais une université qui reste de marbre dans une tour d'ivoire est insupportable.
Être actrice de la société est au cœur de l’université. Elle se doit de former des citoyennes critiques, outillées pour le changement. Aujourd'hui, l'université se félicite d'organiser 100 cours sur la transition écologique en une semaine. C’est un progrès, mais cela ne représente toujours que 2,5% des cours donnés au sein de l’université. Nous devons faire bien plus car, les défis sont immenses et la menace l'est encore plus. Les moyens que nous allouons doivent être à la hauteur. L'université doit former les citoyens de demain. Elle doit armer ses étudiantes pour le futur, pour faire face au futur qui s'annonce sombre. L’université se doit aussi de s’indigner, d'être le thé chaud, face à l’inaction climatique, face au mépris des règles de l’état de droit. Elle doit pour accomplir ses missions prendre soin de celles qui la font vivre au quotidien.
L’université doit être un phare. Elle doit être un pompier pour éteindre ce brasier. Elle doit être un modèle pour notre société, pour notre démocratie, pour notre maison.
Pour la transition climatique, cela passe par verduriser nos campus, les adapter aux canicules et aux inondations. Mais c’est aussi prendre part encore plus au débat public, en dénonçant l’inaction climatique, en collaborant au changement.
Pour nos démocraties, l’université doit se positionner, doit s'opposer et doit contribuer à ce changement. Elle doit lutter pour un enseignement de qualité et accessible à toutes afin de garantir la formation de citoyennes alertes.
Pour la santé mentale, il faut briser le tabou, elle ne doit plus être niée. Il faut des chiffres, il faut plus d'aides psychologiques gratuites et il faut un véritable questionnement sur l'impact des études, de la finançabilité et du minerval sur la santé mentale.
Il nous faut être robustes, il nous faut “Éclairer pour comprendre, résister pour avancer”. Non seulement politiquement, mais également par nous-même, par nos actes. Nous devons être aux côtés des étudiantes et étudiants. L’université doit faire plus pour la santé mentale. Elle doit se battre aux côtés de ses étudiantes et étudiants, aux côtés des chercheuses et des chercheurs. Elle doit se positionner, contribuer activement au changement, en être actrice. Les politiques doivent revoir leurs copies, leurs deux années sont épuisées, la réorientation est obligatoire. Alors, viendrez-vous avec nous sauver notre maison ?