Bienvenue à toutes et à tous, celles et ceux qui arrivent comme celles et ceux qui reviennent
drt | Louvain-la-Neuve

Vous allez entendre beaucoup de choses ces premières semaines : horaires, auditoires, inscriptions, travaux, examens. Ce mail-ci ne parle de rien de tout ça.
Le premier jour, une seule question compte vraiment : est-ce que j'ai ma place ici ? Elle se pose en première année, elle revient à l'entrée en master, au retour d'un Erasmus, chaque fois qu'un groupe se recompose. La réponse est oui. Notre travail, c'est que vous le sentiez ; le vôtre, c'est de le faire sentir aux autres. Une place gardée dans l'auditoire, des notes partagées, une question prise au sérieux, un regard sans préjugés : ça ne coûte presque rien et ça change une année.
Les temps sont rudes. Nos forêts ont brûlé cet été et l'épisode rejoindra bientôt les inondations de la Vesdre au rayon des catastrophes exceptionnelles, jusqu'à la prochaine. Nous avions promis à Paris de rester sous deux degrés, nous allons vers trois. Le découragement est une option ; ce n'est pas la plus intéressante. La peur isole, la joie rassemble et augmente notre puissance d'agir — Spinoza le formulait mieux que nous.
Une histoire, pour ce premier jour. En 2019, dans une salle de cours de l'Université du Pacifique Sud, vingt-sept étudiant·es en droit décident de demander à la Cour internationale de Justice ce que le droit international impose aux États face au changement climatique. L'idée avait tout d'une lubie. Six ans plus tard, le temps d'un cursus, la Cour a rendu son avis. Ces étudiant·es étaient assis·es là où vous vous asseyez cette semaine.
Les chantiers ne manquent pas : le climat, la part de jugement que nous déléguons aux machines, une démocratie à refonder pour qu'elle inclue celles et ceux qu'elle tient encore à distance, le partage des richesses, les mobilités humaines. Pour y faire face, le droit et l'université vous donneront des clés et des outils, à manier avec prudence et humilité. Vous apprendrez à opposer la méthode scientifique aux fausses vérités, la logique des arguments aux discours de haine, et les principes de dignité et d'humanité à toutes les formes de domination et d'oppression. Rien de tout cela ne se mène seul·e, ni sans foi en l’avenir.
Vous découvrirez ici bien plus que des notions juridiques. L'université est aussi un lieu d'échanges, de réflexion critique et de construction de soi, où vous croiserez des enseignant·es passionné·es, des assistant·es engagé·es et une équipe administrative serviable. Respectez-les comme ils et elles vous respectent.
Et n'oubliez jamais que ces années sont celles de rencontres incroyables, dans les auditoires et surtout en dehors, d'éclats de rire et de complicités qui dureront plus longtemps que vos syllabus, de curiosités qui ne figurent à aucun programme et qui compteront autant que le reste. Ce temps est précieux et il filera plus vite que vous ne l'imaginez. Levez les yeux des écrans, soyez actrices et acteurs de votre formation, investissez-vous dans vos études comme dans vos projets, et cultivez les liens que vous allez tisser.
Vous trouverez dans le hall un mur et des post-it avec deux questions : pourquoi suis-je ici ? Quelle injustice ai-je envie de prendre en charge ? Répondez-y, et prenez surtout le temps de lire ce que les autres auront écrit.
Une dernière chose, qu'on oublie facilement : la société finance en grande partie vos études parce qu'elle croit en vous, et vos proches soutiennent vos efforts. Pensez de temps en temps à leur dire merci.
Belle année à toutes et à tous, et prenez soin les un·es des autres. Il y aura des jours de découragement ; ces jours-là, ne restez pas seul·es. Tenir dépend du tempérament mais aussi de la compagnie - c'est la seule recette que nous connaissions.
Edoardo Traversa, doyen de la Faculté de droit et de criminologie
Sylvie Sarolea, présidente de l’Institut JUR-I
Joëlle Cap, directrice administrative