Même dans l'espace, le cerveau anticipe la gravité
epl | Louvain-la-Neuve, Charleroi
Des expériences menées auprès de onze astronautes à bord de l’« International Space Station », dont Thomas Pesquet, révèlent que notre cerveau continue d'anticiper les effets de la gravité terrestre, même après plusieurs mois en impesanteur. Une découverte à laquelle a contribué Philippe Lefèvre, professeur à l'École polytechnique de Louvain (EPL) et chercheur au sein d'ICTEAM et de l'Institute of Neuroscience (IoNS).
Que devient notre capacité à manipuler des objets lorsque la gravité disparaît ? C'est à cette question qu'une équipe internationale de chercheurs a tenté de répondre dans une étude publiée dans The Journal of Neuroscience.
De Louvain-la-Neuve à la Station spatiale internationale
Dans le cadre du projet « GRIP », les chercheurs ont développé un dispositif permettant de mesurer avec précision la force de préhension (grip force) appliquée lors de la manipulation d'objets.
Cet équipement a été utilisé à bord de l'ISS par onze astronautes, dont Thomas Pesquet, afin d'étudier la manière dont le cerveau adapte ses stratégies motrices en l'absence de gravité.
Une empreinte durable de la gravité terrestre
Les résultats montrent que même après plusieurs mois en impesanteur, le système sensorimoteur humain conserve une forte empreinte de la gravité terrestre.
Lorsqu'ils manipulent des objets, les astronautes continuent à appliquer davantage de force que nécessaire, comme si leur cerveau anticipait encore les effets du poids et le risque de voir l'objet leur échapper.
L'étude révèle également que le cerveau ne tient pas uniquement compte du risque qu'un objet glisse des mains, mais aussi des conséquences potentielles d'un tel incident. Les chercheurs proposent ainsi un nouveau modèle suggérant que le système nerveux central intègre à la fois la probabilité d'un glissement et son impact potentiel lors de la planification des mouvements.
Des applications au-delà du domaine spatial
Au-delà de l'exploration spatiale, ces travaux ouvrent des perspectives dans plusieurs domaines tels que la robotique, les interfaces haptiques, la rééducation neurologique ou encore la conception de prothèses intelligentes.
À travers les travaux de Philippe Lefèvre et de ses collaborateurs internationaux, cette étude illustre la manière dont les sciences de l'ingénieur contribuent à faire progresser notre compréhension du fonctionnement humain et à répondre à des enjeux technologiques et sociétaux concrets.