Aller au contenu principal

Faire cours au Musée L avec ses collections : un retour d’expérience

fial | Louvain-la-Neuve

fial
25 August 2026

Eloïse Ramlot et Olivia Eloy, étudiantes de master en archéologie en FIAL


L’objectif du séminaire « Culture matérielle : techniques et sociétés » suivis par les étudiant·es de master en archéologie de la faculté consiste principalement à se focaliser sur les concepts de chaîne opératoire [1] et de biographie des objets [2]. Pour ce faire, l’accès à des artéfacts archéologiques inédits du Musée L permet aux étudiant·es d’appréhender ces notions tout en offrant une mise en pratique des acquis théoriques et une immersion concrète dans le métier d’archéologue.

Figure 1. Séance d’étude du matériel archéologique au Musée L par les étudiant·es de master en archéologie de l’UCLouvain. © Photo : Musée L.
Figure 1. Séance d’étude du matériel archéologique au Musée L par les étudiant·es de master en archéologie de l’UCLouvain. © Photo : Musée L.

Atelier autour du Corpus Vasorum Antiquorum

Parmi les activités proposées, un atelier était consacré à l’étude de vases grecs issus des collections du Musée L, en lien avec le « Corpus Vasorum Antiquorum », projet international dédié à la publication d’une série de catalogues sur ces objets. Chaque groupe d’étudiant·es s’est vu confier un ensemble de pièces accompagné d’une question de recherche. Notre question portait sur les manières de « faire parler » et de tirer des informations de tessons isolés. Ceux-ci appartiennent au Fonds Fernand Mayence (archéologue belge, 1879-1959) et sont mis à disposition aujourd’hui comme matériel pédagogique au Musée L.

L’observation directe constituait le point de départ de l’analyse. Les fragments étaient étudiés selon plusieurs critères : les techniques de fabrication, les formes et les proportions, l’iconographie et le décor ainsi que les traces d’usage et les éventuelles trajectoires de vie des objets. La consultation d’archives du musée, de la documentation scientifique et des ressources en ligne permettait ensuite de compléter l’étude. Ainsi, de nouvelles informations sur les objets étudiés ont pu être dévoilées, concernant aussi bien les gestes techniques de production que leurs fonctions et usages.

La question de recherche était à la fois un prétexte pour étudier ces objets selon différentes perspectives et une manière de mobiliser ces démarches archéologiques pour se prêter à l’exercice de la médiation scientifique. Cet exercice consistait à réfléchir à la manière dont des tessons isolés pourraient être présentés et expliqués au public dans le cadre d’une exposition. À l’issue de ce travail, une discussion entre les étudiant·es a eu lieu au sujet de leurs résultats respectifs en présence de Tiphaine Kins, chargée de mission au service aux collections du Musée L.

Figure 2. Pellicule issue des archives du Musée L (tessons du Fonds Fernand Mayence). © Photo : Eloïse Ramlot.
Figure 2. Pellicule issue des archives du Musée L (tessons du Fonds Fernand Mayence). © Photo : Eloïse Ramlot.

Documenter les objets : l’expérience du portail des collection

Le second module du séminaire portait sur le portail des collections du musée. Le but était d’enrichir l’accès professionnel en rédigeant des notices d’objets peu ou non documentés à partir de nos observations et analyses réalisées sur un nouveau lot d’objets. Cet outil numérique donne accès aux objets conservés dans les réserves et les espaces d’exposition du Musée L. Pour nous familiariser avec l’outil, Marie Van Bosterhaut et Mickaël Lefèvre, chargé·es de mission/projet pour l’outil de gestion des collections, nous ont présenté le portail lors d’une séance spécifique.

Les artéfacts étudiés comprenaient notamment des urnes cinéraires appartenant à la culture des champs d’urnes [3] (âge du bronze final) et des haches polies armoricaines (âge du fer, France, région située entre la Loire et la Seine). L’exercice associait plusieurs étapes complémentaires : l’observation macroscopique des objets, l’analyse des matériaux, des techniques et des traces d’usage, la recherche documentaire et la comparaison typologique. La dernière étape consistait en la rédaction d’une fiche descriptive et interprétative destinée à la base de données documentaire et au portail des collections.

Ce travail met en évidence l’intérêt de la biographie des objets comme outil d’analyse : la fabrication, la circulation, l’usage, le dépôt archéologique, l’entrée dans les collections et l’analyse scientifique de l’objet sont autant d’étapes de sa biographie, dont l’étude intégrée participe à la compréhension de l’artéfact. Dans le cas des haches polies, l’analyse formelle et technique a conduit à l’hypothèse d’une fonction symbolique, cérémonielle ou économique (comme dans le cas d’un lingot de métal standardisé) plutôt que d’un usage utilitaire.        

Figure 3. Séance d’étude du matériel archéologique au Musée L par les étudiant·es de master en archéologie de l’UCLouvain. © Photo : Musée L.
Figure 3. Séance d’étude du matériel archéologique au Musée L par les étudiant·es de master en archéologie de l’UCLouvain. © Photo : Musée L.

Retour d’expérience

Au-delà du pur exercice académique, ces ateliers ont favorisé une meilleure compréhension des multiples étapes qui accompagnent la vie des objets dans un musée : observation, documentation, interprétation et transmission. En travaillant directement sur les collections et en contribuant à l’enrichissement du portail, nous avons réellement pris part à la valorisation scientifique et à la médiation du patrimoine.

Figure 4. Séance d’étude du matériel archéologique au Musée L par les étudiant·es de master en archéologie de l’UCLouvain. © Photo : Charlotte Langohr.
Figure 4. Séance d’étude du matériel archéologique au Musée L par les étudiant·es de master en archéologie de l’UCLouvain. © Photo : Charlotte Langohr.

Cette immersion a constitué une expérience particulièrement formatrice en donnant accès aux coulisses du travail muséal et en permettant la rencontre avec différent·es professionnel·les impliqué·es dans la gestion et l’étude des collections.

La manipulation directe des artéfacts a également joué un rôle central dans cette expérience. Ce contact direct avec les objets nous rappelle que ceux-ci ne relèvent pas uniquement du passé, mais qu’ils continuent d’exister aujourd’hui comme des témoins matériels mobilisés dans des pratiques scientifiques. Ce travail sur les collections nous a confronté∙es à certaines difficultés inhérentes à l’étude du matériel archéologique, notamment les lacunes documentaires et les incertitudes d’interprétation, qui font pleinement partie de la réalité du métier.

Ces modules ont été l’occasion de mettre en œuvre les connaissances théoriques acquises dans le cadre du cours. Ils ont également ouvert des espaces de discussion et de débat autour des objets étudiés, montrant que leur interprétation résulte souvent d’une réflexion collective.

Sous cet angle, cette expérience a été l’occasion de vivre notre parcours universitaire autrement : par des activités pratiques en lien avec les cours magistraux.

Nous remercions le Musée L pour son accueil ainsi que notre professeure Charlotte Langohr pour l’organisation et l’encadrement de ces rencontres, qui ont rendu possible cette expérience d’apprentissage au contact direct des collections.

Lien vers la page sur le site du Musée L