SSH/IACS Institute for the Analysis of Change in Contemporary and Historical Societies (IACCHOS)
Thèse de socologie en cours
Depuis plus de trente ans, faute d’investissement dans le logement public, l’administration régionale bruxelloise met en œuvre une série de dispositifs visant à inciter ou soutenir les bailleurs privés à proposer des logements, notamment via des agences de location sociale (subventions, abattements fiscaux, etc.). Ma recherche porte sur l’effet de ces politiques publiques et propose d’étudier un segment particulier du marché du logement privé, destiné aux locataires bénéficiaires de l’aide sociale.
Le matériau principal (qui mêle observation ethnographique – 2,5 ans – et entretiens semi-directifs – 104 au total) a été collecté auprès de quatre acteurs prenant part à ce marché dans un quartier populaire de Bruxelles : les travailleurs sociaux engagés dans le service social public du quartier, mobilisés contre les expulsions locatives ; des locataires bénéficiaires de ce service ; des bailleurs privés propriétaires de biens sur le territoire ; et des Juges responsables de l’administration des expulsions locatives à cette même échelle locale.
L’étude de cette configuration d’acteurs me permet de comprendre le marché locatif comme un système social, structuré par des rapports sociaux d’exploitation et de domination, à la fois matériels et symboliques. Dans cette perspective, je mobilise notamment la notion d’extractivisme locatif développée par Matthew Desmond, qui met en lumière la manière dont certains segments du marché du logement reposent sur l’extraction systématique de ressources économiques et sociales auprès de populations précarisées, via des loyers élevés, des logements dégradés et la menace permanente de l’expulsion. Cette approche permet de penser les rapports locatifs non comme de simples échanges contractuels, mais comme des relations profondément asymétriques, inscrites dans des structures de pouvoir plus larges.
Elle permet également de nourrir l’étude des hiérarchies sociales au-delà de la seule approche par catégories socio-professionnelles, en proposant une lecture dynamique et intersectionnelle des relations de location. L’idée principale de la thèse est en effet de comprendre les rapports locatifs comme un rapport social à part entière. Pour cela, inspirée par les travaux de Cécile Vignal et les écrits féministes matérialistes, j’identifie les activités ou le travail que les différents acteurs ont à effectuer pour faire fonctionner ce marché : travail de mise en location (pour les bailleurs), travail d’accompagnement social (pour les travailleurs sociaux), travail d’administration des conflits locatifs (pour les Juges) et travail de la location (pour les locataires).
À partir de cet exposé, je tente de problématiser le lien entre rapports locatifs et autres rapports sociaux. Il s’agit de préciser, dans la fraction du marché que j’étudie, comment les rapports locatifs participent à la construction des rapports de classe, de genre et de race — et réciproquement, comment ces rapports sociaux opèrent au sein même des relations de location — y compris à l’intérieur de chaque « catégorie d’acteurs » : travailleurs sociaux, locataires, bailleurs et Juges.
Ouvrages publiés, en tant qu'auteur, co-auteur ou éditeur.
1. Rosa, Elisabetta cinzia, Emmanuel, Noémie & Wagener, Martin. (2025). Faire et défaire le sans-abrisme au
féminin - Doing and undoing Women homelessness. Louvain-la-neuve: Presses universitaires de Louvain.
http://hdl.handle.net/2078.1/297277
2. Emmanuel, Noémie. (2021). Le trajet du soin Penser l’accessibilité de la ville à partir des pratiques de
mobilité quotidiennes des femmes travailleuses du care à Bruxelles (Université des femmes). Bruxelles.
http://hdl.handle.net/2078/281177
Chapitres d'ouvrages ou participation à un ouvrage collectif, en tant qu'auteur ou co-auteur de la partie.
1. Rosa, Elisabetta cinzia, Emmanuel, Noémie & Wagener, Martin. (2025). Faire et défaire le sans-abrisme
au féminin - Introduction. In Cinzia, Elisabetta Rosa; Emmanuel, Noémie; Wagener, Martin, Faire et
défaire le sans-abrisme au féminin - Doing and undoing Women homelessness. Louvain-la-neuve: Presses
Universitaires de Louvain.
http://hdl.handle.net/2078.1/297278
Articles publiés dans des journaux à comité de lecture.
1. Emmanuel, Noémie (2024). Du mal-logement à la maisonnée ? Pratiques de soin et sentiment
d’appartenance dans un « habitat féministe » bruxellois. Revue des politiques sociales et familiales, 3,
147-156. doi :10.3917/rpsf.152.0147
http://hdl.handle.net/2078.1/293519
2. Emmanuel, Noémie (2024). Travail du care et aménagement de la proximité : les pratiques de mobilité de
travailleuses domestiques à Bruxelles. GéoProximitéS, 1, 1-7.
http://hdl.handle.net/2078.1/290512
3. Emmanuel, Noémie (2023). Aménager ses déplacements : soin des autres et souci de soi, le cas des
travailleuses à domicile dans l’agglomération bruxelloise. Regards Sociologiques,
http://hdl.handle.net/2078.1/281141