Qui est derrière les (fake) news sur Twitter ?

De nombreuses informations et fake news ont circulé sur Twitter durant la campagne présidentielle américaine de 2016. Un collaborateur scientifique de l’UCLouvain s’est penché sur ces tweets. Ses constats sont édifiants. 

Comme chacun sait, Donald Trump est un grand adepte de Twitter. Il n’est pas le seul. Aux États-Unis, ce réseau social est devenu incontournable dans la vie politique et médiatique. De nombreux observateurs estiment que la diffusion de fake news a joué un rôle pendant la campagne présidentielle de 2016. Mais lequel ? À quelles dynamiques a obéi la diffusion de ces (fausses) informations durant cette période ? Qui étaient leurs principaux relais ? Dans un article paru dans « Nature Communications » (1), Alexandre Bovet, physicien et collaborateur scientifique à l’ICTEAM de l’UCLouvain, s’est penché sur ces questions.   

8 catégories d’informations

Alexandre Bovet a travaillé sur un corpus de 30 millions de tweets, émis par 2,2 millions d’utilisateurs, durant les cinq mois précédant l’élection présidentielle de 2016(2). Ces tweets contenaient « Trump », « Clinton » et/ou « Hillary » ainsi qu’un lien vers un site d’informations. En se basant sur la classification des news établie par www.opensources.co, le chercheur a rangé ces tweets dans 8 catégories d’informations. D’un côté, les fake news (FN) et les news extrêmement biaisées (NEB) de droite et de gauche. De l’autre, les informations traditionnelles de droite, centre-droit, centre, centre-gauche et gauche. 

Fake news : des comptes très actifs et/ou « fantômes »

Premier constat : les comptes Twitter qui diffusent des FN et/ou des NEB sont deux fois plus actifs que les autres. Même tendance pour les comptes automatisés, dont les tweets sont générés automatiquement par des robots et que l’on retrouve dans la même proportion – environ 4 % – dans chaque catégorie de news.
Autre constat : la plupart des FN et NEB émanent de comptes effacés ou non vérifiés – c’est-à-dire non rattachés à une personne identifiée. « Pour chaque catégorie de news, nous avons établi un top 25 des principaux diffuseurs d'information », explique Alexandre Bovet. « Pour les informations traditionnelles, ils sont entre 20 et 25 à être vérifiés… contre 7 pour les FN et les NEB de gauche et 15 pour les NEB de droite. » Depuis, Twitter aurait recensé quelque 50 000 faux comptes russes et pro-Trump actifs durant la campagne. 

Les relais champions de fake news

Alexandre Bovet a aussi examiné les retweets. Ce faisant, il a reconstitué les réseaux de diffusion pour chaque catégorie de news et identifié leurs principaux relais. Il en ressort que @realDonaldTrump, le compte personnel du président américain, a été le 1er relai des NEB de droite, le 2e diffuseur d’informations traditionnelles de droite et, plus inquiétant, le 5e diffuseur de FN. Plusieurs membres du staff électoral et des partisans de Donald Trump ont aussi été d’importants relais dans ces catégories. En revanche, le comptes d’Hillary Clinton est  17e dans les diffuseurs de centre gauche. Mais son staff ne figure pas parmi les principaux relais, dans aucune des catégories de news.       
Quant aux informations traditionnelles, elles sont surtout diffusées par des médias :

  • @FoxNews est le 1er relai des informations de droite. 
  • @CNN, @nytimes et @HuffPost sont respectivement les 1ers relais des informations du centre, de centre gauche et de gauche.  
Qui influence vraiment Twitter ?

Alexandre Bovet a aussi mesuré les effets de causalité entre les différents groupes d’utilisateurs. « Nous avons voulu savoir quels comptes avaient le plus d’influence sur les partisans de Donald Trump et ceux d’Hillary Clinton. Et en termes d'activité générée par l’un ou l’autre utilisateur, ce sont les journalistes et médias de (centre) gauche qui dominent sur Twitter. Alors que les diffuseurs de FN et de NEB n’influencent pas vraiment l’activité des partisans Trump. C’est même le contraire : c’est lorsque ces mêmes partisans tweeter que les comptes liés aux FN et NEB s’activent davantage. Et ces news-là ont un impact plus local. » Elles n’auraient donc pas influencé l’issue du scrutin présidentiel ? « C’est compliqué à démontrer », répond Alexandre Bovet. « Cela dit, vu la façon dont le système électoral américain fonctionne – avec de Grands Électeurs – il suffit d’influencer quelques personnes au bon endroit pour changer les résultats d’une élection. » Ce n’est pas Hillary Clinton qui dirait le contraire… Ni Donald Trump.  

Candice Leblanc

(1) Voir A. Bovet et H. A. Makse, « Influence of fake news in Twitter during the 2016 US presidential election » in Nature Communications, 2 janvier 2019.
(2) Les données publiées sur Twitter sont publiques. Le réseau social offre d’ailleurs la possibilité de collecter des tweets gratuitement en continu sur un sujet donné.

 

Coup d'oeil sur la bio d'Alexandre Bovet

Alexandre Bovet est physicien. Il est titulaire d’un Master et d’un Doctorat en physique, obtenus respectivement en 2009 et en 2015 à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse). Il a effectué des postdoctorats à l’Institut de biologie intégrative de Zurich (Suisse), au City College de New York (USA), à l’UCLouvain et à l’UNamur. Il est actuellement collaborateur scientifique à l’ICTEAM de l’UCLouvain. 
Ses recherches sur les réseaux sociaux ont été financées par le Fonds National Suisse pour la Recherche Scientifique et par le Flagship European Reserach Area Network Joint Transnational Call « FuturICT 2.0 »

Publié le 05 février 2019