François Houtart : sociologue, théologien et acteur de son siècle
iacchos | Louvain-la-Neuve
Une journée d’hommage, de réflexion et d'analyse autour de la vie, de l’œuvre et de l’engagement de François Houtart, au centenaire de sa naissance.
Avec : Nidia Arrobo – Guy Bajoit – Edouard & Anne Houtart – Luis Martínez – Francine Mestrum – Cristian Parker – Geoffrey Pleyers – Caroline Sappia – Olivier Servais.
Coordination du colloque/Information : Luis Martínez & Geoffrey Pleyers
Inscription souhaitée : Caryse.Courteville@uclouvain.be
6 novembre 2025, 10h-17h
Salle du CriDIS – Doyens B.334 – Louvain-la-Neuve
François Houtart aurait eu 100 ans cette année. Cette journée d’hommage reviendra sur quelques-unes de ses contributions majeures en tant que sociologue, théologien, intellectuel et acteur.
Prêtre, sociologue et intellectuel, François Houtart (1925–2017) a incarné une figure exceptionnelle du dialogue entre foi, pensée critique et engagement social. Professeur à l’Université catholique de Louvain dès 1958 et fondateur du Centre tricontinental (CETRI), il a consacré sa vie à analyser et à soutenir les acteurs qui se sont opposés aux structures d’oppression du monde contemporain. Dès ses premières recherches en sociologie urbaine et religieuse, Houtart a combiné rigueur scientifique et engagement pastoral. Expert au Concile Vatican II, il a contribué à la rédaction de Gaudium et Spes, affirmant « l’option préférentielle pour les pauvres » au cœur de la théologie de la libération. Analyser la société à partir de la perspective des opprimés » fut son principe cardinal. François Houtart voyait dans le capitalisme non seulement une logique économique, mais une idéologie soumettant les humains et la nature à la logique de l’accumulation. Son objectif fut d’élaborer, à partir d’une analyse marxiste et des luttes sociales, une critique systémique et une vision post-capitaliste fondée sur le « Bien commun de l’humanité ».
Militant infatigable, il a accompagné les mouvements paysans et indigènes d’Amérique latine, les communautés chrétiennes de base et les résistances anticoloniales en Asie et en Afrique. Il a contribué à la création du Forum social mondial et en a été l’un des principaux acteurs.
Précurseur des épistémologies du Sud, il a cherché à penser l’émancipation à partir des perspectives des peuples du Sud et à faire dialoguer leurs savoirs avec la recherche critique du Nord. À la fin de sa vie, il développa une écologie de la libération, liant la défense des biens communs, la souveraineté alimentaire et la cosmovision andine du Buen vivir. Intellectuel global, œcuméniste et militant du « Bien commun de l’humanité », François Houtart demeure une référence pour celles et ceux qui cherchent à articuler analyse sociologique, engagement éthique et transformation du monde.
Programme du colloque
10:00- 10:40 : Introduction : François Houtart, au centenaire de sa naissance
Introduction | Geoffrey Pleyers, Luis Martínez & Edouard Houtart.
Pensée et engagement de François Houtart | Nidia Arrobo, Fundación de los Pueblos Indios del Ecuador
10:45 - 12:20 : À la suite de François Houtart
Introduction | Caroline Sappia (LARHIS & Social Compass)
Les grandes transformations religieuses en Amérique latine | Cristian Parker, IDEA, Université de Santiago
Face à la catastrophe climatique. Écologie, théologie et capitalocène | Luis Martínez, CriDIS/UCLouvain
Présentation des livres | Cristian Parker, “Religiones y Sociedad en América Latina. La gran transformación”, CLACSO/ARIADNA, 2025.
Luis Martínez Andrade & Caroll Seforosa eds. « Facing Climate Collapse. Ecology, Theology and Capitalocene”, SCM Press, London, 2025.
12:30 – 14:00 | François Houtart : Un sociologue et un militant dans son siècle
Les intellectuels dans le processus du Forum social mondial | Francine Mestrum, CETRI
Le bonheur de l’humanité comme enjeu de luttes | Guy Bajoit, CriDIS/UCLouvain, Président du CETRI
La sociologie de la religion de François Houtart | Cristian Parker, Universidad de Santiago
Commentaires : Edouard Houtart.
Des sandwichs sont prévus pour les participants inscrits.
14:15-15:45 : La sociologie et la théologie de la libération de François Houtart
François Houtart et la théologie de la libération comme précurseurs de trois transformations de la sociologie | Geoffrey Pleyers, CriDIS-UCLouvain & Association Internationale de Sociologie.
Christianisme de libération et combat des dieux | Luis Martínez, CriDIS-UCLouvain
La FERES, comme réseau international global | Caroline Sappia, LARHIS & Social Compass
François Houtart et le Sud Global de la revue Social Compass | Olivier Servais, LAAP-UCLouvain & Social Compass.
16:00 – 16:45 : Commentaires et évocations de la vie de François Houtart
Présentation des orateurs
Nidia Arrobo Rodas est une économiste et militante équatorienne engagée dans les droits des peuples autochtones. Elle a collaboré étroitement avec l’évêque Leónidas Proaño et avec François Houtart pour promouvoir le pluralisme culturel, l’égalité des peuples indigènes et la justice sociale. Elle est l’auteure et la coordinatrice de nombreux ouvrages dont « François Houtart. Vida y pensamiento » (2018). Son approche combine sensibilisation communautaire, théologie de la libération et critique des héritages coloniaux. Par son travail et sa mobilisation à travers l’Amérique latine, elle s’est imposée comme une voix importante pour la reconnaissance des savoirs autochtones et l’indigénéité dans les débats sur la justice sociale, la décolonialité et l’écologie politique. Elle continue à agir en tant que facilitatrice de dialogues entre mouvements sociaux, institutions ecclésiales et acteurs politiques dans les territoires autochtones.
Guy Bajoit est sociologue, professeur émérite de l’UCLouvain, chercheur au CriDIS et président du Centre Tricontinental, fondé par François Houtart. Il s’est surtout fait connaître par ses travaux sur le développement, le changement social, la jeunesse, l’individu dans la société industrielle et les transformations culturelles dans les sociétés occidentales et en développement. Son ouvrage Pour une sociologie relationnelle (1992) a marqué une étape dans la sociologie de l’individu et des relations sociales. Il s’intéresse aussi à la sociologie des mouvements et à la dynamique culturelle dans les sociétés de consommation. Il a contribué à faire dialoguer les approches macro-structurales et les réalités de terrain en adoptant une posture réflexive sur les transformations culturelles et subjectives.
Luis Martínez Andrade est un sociologue mexicain et chercheur au CriDIS. Il a obtenu son doctorat en sociologie à l’EHESS (Paris) sous la direction de Michael Löwy. Ses champs de recherche couvrent la sociologie de la religion et de la culture, la théologie de la libération, l’écologie politique, le marxisme latino-américain et le tournant décolonial. Il a reçu en 2009 le Prix International d’Essai “Pensar a Contracorriente”. Son travail interroge la façon dont les savoirs du Sud peuvent penser l’émancipation au-delà du cadre moderniste et comment la religion populaire, l’écologie et les mouvements sociaux se croisent dans les Amériques. Ses livres sont traduits en de nombreuses langues. Parmi ses publications : « Écologie et libération. Critique de la modernité dans la théologie de la libération » (2016), « Religion sans rédemption. Contradictions sociales et rêves éveillés en Amérique latine » (2015), « Dialectique de la modernité et socialisme indo-américain » (2023), et éditeur de « Indecentes e Indignadas. Teologías, Pedagogías y praxis de liberación en América Latina » (2024), « Decolonizing Liberation Theologies. Past, Present, and Future » (2023).
Francine Mestrum est docteure en sciences sociales de la Université libre de Bruxelles (ULB) et consultante internationale spécialisée dans la mondialisation, la pauvreté, les inégalités, la protection sociale et les services publics. Elle a travaillé pour des institutions européennes, des universités belges (notamment à l’ULB, à l’UA, à l’UGent). Elle a été membre active du conseil international du Forum social mondial et du comité d’administration du CETRI. Dans son ouvrage Mondialisation et Pauvreté. De l’utilité de la pauvreté dans le nouvel ordre mondial (2002), elle montre que l’utilisation de la « lutte contre la pauvreté » masque souvent un récit néolibéral. Elle a créé le réseau Global Social Justice qui propose de penser les « communs sociaux » comme alternative à une protection sociale délégitiméé. Son approche critique lie la justice sociale à la justice climatique et les mouvements sociaux, offrant une perspective interdisciplinaire sur les dynamiques globales d’inégalité et de résistance. Son dernier livre est ‘Criminaliser la pauvreté. Les puissants et le business de l’exclusion’ dans lequel elle réfléchit sur l’idée de Riccardo Petrella de ‘rendre la pauvreté illégale’.
Cristián Parker Gumucio est un sociologue chilien. Il a réalisé son doctorat en sociologie de la Université catholique de Louvain sous la direction de François Houtart. Il est professeur titulaire à la Universidad de Santiago du Chile et membre de l’Instituto de Estudios Avanzados (IDEA-USACH). Sa recherche initiale portait sur la participation civique des jeunes, l’éthique et la démocratie en contexte post-dictature chilienne, évoluant ensuite vers la sociologie de la religion populaire, la culture et l’environnement. Son travail se distingue par la mise en lumière d’une « logique populaire » de la religion et de la culture, aux marges du modèle occidental, et par une approche critique de la modernisation et de l’environnement en Amérique latine. Dans son dernier livre « Religión en América Latina. La gran transformación” (CLACSO, 2025), Cristián Parker propose une radiographie des dynamiques actuelles de la religiosité en Amérique latine et nous invite à renouveler nos outils théoriques, à décoloniser nos regards et à comprendre que les sujets religieux contemporains ne rentrent plus dans les moules de la sociologie héritée du XXe siècle.
Geoffrey Pleyers est directeur de recherches FNRS à l’UCLouvain et président de l’Association Internationale de Sociologie. Ses recherches portent sur les mouvements sociaux, la mondialisation, la jeunesse, la religion et la sociologie globale. Ses travaux articulent analyse empirique et réflexion sur la démocratie, la subjectivation et les transformations culturelles contemporaines. Il est l’auteur de quatre ouvrages dont « El cambio nunca es lineal » (CLACSO, 2024). Parmi ses articles en sociologie de la religion : « François Houtart. Une sociologie de la libération » (Topologik, 2017) ; « François Houtart. Un acteur de la globalisation du christianisme de la libération » (2021) ; “El ascenso político de los actores religiosos conservadores. Cuatro lecciones del caso brasileño” (Encartes, 2020); “A “guerra dos deuses” no Brasil: Da teologia da libertação á eleição de Bolsonaro” (2020, Educação & Sociedade).
Olivier Servais est professeur ordinaire d’anthropologie à l’Université catholique de Louvain. Il dirige la revue Social Compass, fondée et dirigée par François Houtart de 1951 à 1999, et est membre du conseil de l’International Society for Sociology of Religion. Historien et socio-anthropologue de formation, il enseigne l’anthropologie des religions, de la nature, du digital, et des imaginaires. Ses recherches récentes portent sur les pratiques digitales comme métaphore religieuse, en ce compris les jeux vidéo, les mondes virtuels, les systèmes de croyances, ainsi que leurs interactions avec les environnements technologiques et naturels. Parmi ses contributions récentes : « Dans la peau des gamers » (2020, Karthala) ; « Jeux vidéo, nouvel opium du peuple ? » (2020, Karthala) ; « Déconfiner l’Europe » (2024, Karthala, avec J. Hermesse) et « Disasters » (2024, Karthala, avec L. Simon) ; Direction de dossiers pour Social Compass : « Les eschatologies techno-scientifiques » (2016 et 2017) et O. Servais, D. Douyere, & A. Catellani (2020) « Religieux et digital : nouvelles conceptualisations en mondes francophones », Social Compass, Vol. 67.
Caroline Sappia est docteure en histoire et chargée de cours invitée à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain). Elle coordonne la revue Social Compass, dirigée par François Houtart de 1951 à 1999. Spécialiste des liens entre l’Université Catholique de Louvain et l’Amérique latine. Son approche croise l’histoire, l’anthropologie et la sociologie des religions, avec un accent sur la matérialité, les images et la diffusion du christianisme dans les sociétés contemporaines et historiques. Ses travaux récents portent notamment sur le rôle de l’écologie et de l’environnement dans les sciences sociales de la religion, ainsi que sur les expressions esthétiques du christianisme dans les contextes missionnaires du XIXᵉ-XXᵉ siècles.