Pourquoi ces choix malencontreux de politique budgétaire en matière d’enseignement au cours des 20 dernières années ?
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Dans ce nouveau numéro de Regards économiques, Jean-Paul Lambert propose une analyse critique des politiques budgétaires menées dans le secteur de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) entre 2006 et 2025. L'auteur montre que les arbitrages opérés au cours des deux dernières décennies ont conduit à des évolutions très contrastées des moyens par étudiant selon les niveaux d'enseignement, au détriment particulièrement marqué de l'enseignement supérieur.
Augmentation des moyens dans l'enseignement obligatoire mais diminution dans l'enseignement supérieur
L'article met en évidence un paradoxe. Alors que les moyens par étudiant dans l'enseignement obligatoire ont progressé (en termes réels, c’est-à-dire, déduction faite de l’inflation) de manière significative sur la période (+14%), ceux de l'enseignement supérieur ont fortement diminué en termes réels (-12%). Cette évolution résulte de la forte croissance du nombre d'étudiants dans le supérieur, insuffisamment accompagnée sur le plan budgétaire.
Budget parmi les plus élevés des pays européens comparables
Pour évaluer la pertinence de ces choix, l'auteur mobilise à la fois les enseignements de la littérature scientifique sur les rendements de l'investissement éducatif et les comparaisons internationales des moyens par étudiant. Ces analyses montrent que les moyens consacrés à l'enseignement obligatoire de la FWB figurent aujourd'hui parmi les plus élevés des pays européens comparables, alors que ceux alloués à l'enseignement supérieur se situent nettement en retrait de ceux des partenaires européens.
Disparités entre hautes écoles et universités
L'étude souligne également les disparités apparues au sein même de l'enseignement supérieur. Alors que les hautes écoles et autres établissements du supérieur hors université ont progressivement retrouvé leurs niveaux de financement (en termes de moyens par étudiant) de 2006, par ailleurs comparables à ceux observés dans des pays européens similaires, les universités continuent à subir une dégradation importante de leurs moyens par étudiant. Selon les estimations présentées, ceux-ci demeurent inférieurs de quelques 25% à leur niveau de 2006.
Gestion en silos
Pour expliquer cette situation, l'auteur pointe une gestion budgétaire des différents niveaux d’enseignement en «silos» étanches, sans perspective d’ensemble. L’analyse révèle que cette situation – unique en Europe – procède essentiellement d’une logique «politique» induite par le fait que les gouvernements successifs de la FWB ont à gérer un budget dont près de 75% est absorbé par les seules dépenses d’enseignement.
Adapter les ressources aux besoins réels des différents niveaux d'enseignement
L'article plaide dès lors pour une «politique budgétaire intégrée» couvrant l'ensemble du système éducatif. Une telle approche permettrait de mieux adapter les ressources aux évolutions démographiques et aux besoins réels des différents niveaux d'enseignement. Au vu des constats dressés et de l’analyse présentée, le refinancement des universités devrait désormais constituer une priorité des politiques éducatives de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
On en parle dans la presse
- Enseignement : vingt ans de choix budgétaires à contre-courant, L'Echo, 10/09/2026
- Budget, le déséquilibre croissant entre l’enseignement supérieur et obligatoire, Le Soir, 10/09/2026
- Deux ministres, un budget scindé et des choix paradoxaux: comment la FWB définance l'enseignement supérieur au profit de l'obligatoire depuis 20 ans,10/09/2026 La Libre Belgique (version papier)
Photo : UCLouvain/ Nicolas Leurident