Reconnaître et éviter les pratiques prédatrices
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Les différentes pratiques de prédation dans l'édition scientifique
Le monde de l’édition scientifique est aujourd’hui confronté à une multiplication de pratiques frauduleuses de plus en plus sophistiquées, dont l’objectif est principalement de percevoir de l’argent (au travers de frais de publication, de la vente de « services »…), on a parlé de journaux prédateurs qui poursuivent comme objectif de récupérer des frais de publication en publiant des articles, mais en fournissant des services éditoriaux et de peer-reviewing minimaux voire inexistants. Pour attirer les soumissions, ces revues peuvent adopter différentes pratiques, parmi lesquelles :
- la mise en avant de faux facteurs d’impact ;
- le clonage de revues existantes, en créant des sites web imitant des revues réputées ;
- le piratage d’articles légitimes, réédités sans consentement sous un nouveau DOI, pour créer un faux historique de publication ;
- le changement de date d’articles déjà publiés pour alimenter artificiellement ces archives ;
- l’usurpation d’identité de chercheurs reconnus, par exemple en les nommant responsables éditoriaux à leur insu
- La promesse d'une publication rapide
Le risque est bien entendu d'intenter à l'intégrité scientifique vu le manque de contrôle qualité de ce qu'ils publient mais aussi d'intenter à votre réputation de chercheur ou de votre institution.
En constante évolution, on voit apparaître aujourd'hui de nouvelles pratiques, avec les "mills" qui vendent des services aux chercheur·euses, et jouent sur le système de Publish or Perish.
Parmi ces pratiques on retrouve :
- les paper mills : des sociétés vendent à des chercheurs des articles scientifiques frauduleux (contenant de fausses données, du plagiat ou du contenu généré par IA), et ce afin de gonfler artificiellement leur nombre de publications. Ces articles trouvent facilement preneur auprès des revues prédatrices, peu regardantes sur l’évaluation par les pairs. Certains paper mills vont plus loin en corrompant directement des rédacteurs en chef ou en plaçant leurs propres évaluateurs dans des comités éditoriaux, comme le décrit Frederik Joelving dans Science (2024).
- les review mills : de faux évaluateurs rédigent des rapports de piètre qualité, en y glissant des recommandations de citation orientées, au profit de chercheurs ayant payé pour ce « service ».
- les citation mills : des organisations vendent et manipulent des citations pour augmenter artificiellement l’impact de certains chercheurs, en s’appuyant sur les paper mills et review mills pour les insérer dans le circuit classique de publication. Un exemple de citation mills est l’insertion de références cachées dans les métadonnées des articles, qui gonflent silencieusement les compteurs de citations.
Comment s'en prémunir ?
Il existe des listes toutes faites reprenant des éditeurs ou revues prédatrices mais ces pratiques étant en constante évolution, il est préférable d'utiliser des critères alertant, des outils en ligne et surtout de combiner toutes ces informations pour prendre la bonne décision (approche spectrale).
Voici quelques outils / critères à vérifier en cas de doute :
1. Posez-vous des questions
- Le site web de la revue fournit-il des informations de contact complètes ? Est-ce qu'il inclut une adresse vérifiable ?
- La portée de la revue est-elle multidisciplinaire ? Est-ce qu'elle combine plusieurs domaines sans rapport entre eux et de rang large ?
- Est-ce que le comité éditorial fait appel à des experts reconnus et affiliés ?
- La revue facture-t-elle des frais de publication aux auteurs ?
- La revue publie-t-elle des études de bonne qualité ?
- Le processus de relecture est-il décrit sur le site du journal ?
- La revue est-elle indexée ou membre d'une
association d'éditeurs de premier plan ? Fournit-elle des indicateurs bibliométriques ? - La revue a-t-elle une politique claire concernant les articles rétractés ?
- Est-ce que le journal garantit la publication ou un peer-review rapide ?
- La revue et ses rédacteurs disposent-ils d'adresses électroniques institutionnelles ou liées à la revue ?
2. Consultez des listes de critères ou outils
3. Consultez des white lists : la revue est-elle reprise dans ces listes mondialement reconnues
- le portail ISSN (International Standard Serial Number Portal)
- Bases de données reconnues : Web of science, Scopus, PubMed
- MIAR (Information Matrix for the analysis of Journals)
- DOAJ (Directory of Open Access Journals),
- COPE (Commitee on Publication Ethics),
- OASPA (Open Access Scholarly Publishing Association)
4. Consultez des Black lists :
- Cabells
- Beall's list : attention elle n'est plus mise à jour par Bealls lui-même !
5. Demandez à vos pairs s'ils connaissent cette revue ou des membres du comité d'édition
6. Consultez le site web
Et notez tout ce qui pourrait être suspect : un nom trop proche d'une autre revue prestigieuse, une adresse mail douteuse, un impact factor annoncé alors que la revue n'est pas reprise ailleurs, des images suspectes, etc.
En conclusion : il est important d'adopter une démarche de croisement des sources et de ne pas voir les choses en blanc ou noir. Identifier plutôt un spectre de comportements reconnus comme prédateurs

Adapté de The Interacademy Partnership (IAP 2022). Combatting predatory Academic Journals and Conferences https://www.interacademies.org/publication/predatory-practices-report-English
Sources :
- Siler K, Vincent-Lamarre P, Sugimoto CR, Larivière V. Predatory publishers’ latest scam: bootlegged and rebranded papers. Nature. oct 2021;598(7882):563‑5. doi:10.1038/d41586-021-02906-8
- Joelving F. Paper trail. Sci News. 18 janv 2024. doi:10.1126/science.zrjehzt
- Hanson MA, Barreiro PG, Crosetto P, Brockington D. The strain on scientific publishing. Quant Sci Stud. 1 nov 2024;5(4):823‑43. doi:10.1162/qss_a_00327
- Ioannidis JPA, Pezzullo AM, Boccia S. The Rapid Growth of Mega-Journals: Threats and Opportunities. JAMA. 18 avr 2023;329(15):1253‑4. doi:10.1001/jama.2023.3212
- https://openscience.pasteur.fr/2026/06/12/les-differentes-methodes-de-predation-dans-ledition-scientifique/