Reproduction sexuée : les mystères de la méiose

Le Dr Corentin Claeys Bouuaert a reçu un « ERC starting grant ». Ce prestigieux financement européen va l’aider à poursuivre ses recherches sur la biochimie de l’ADN lors de la reproduction sexuée. Portrait. 

Il existe deux modes de division cellulaire dans la nature : la mitose et la méiose. La mitose est la division classique que les cellules emploient pour construire notre corps : une cellule mère se divise en deux cellules filles identiques. La méiose elle, est particulière : La cellule va se diviser deux fois de suite pour donner naissance aux cellules reproductrices (gamètes). La particularité de ces cellules sexuelles reproductives ? Chez l’homme, les gamètes ne possèdent qu’un seul set de 23 chromosomes — contre 23 paires, soit 46 chromosomes, dans les autres cellules humaines. Il faut la rencontre d’un gamète mâle et d’un gamète femelle pour que la reproduction sexuelle ait lieu et rétablisse le nombre de chromosomes à 46.    
Tous les animaux de la planète, y compris les êtres humains, se reproduisent sexuellement. « Pour que la reproduction aboutisse, il faut qu’un certain nombre de choses se passent correctement pendant la méiose », explique le Dr Corentin Claeys Bouuaert, chercheur en biochimie. « Les chromosomes maternels et paternels vont d’abord se fragmenter, puis, en se reconstruisant, chaque chromosome va trouver son partenaire. Les chromosomes vont ainsi progressivement s’apparier sur toute leur longueur, comme une tirette, et vont s’échanger des fragments, se recombiner, avant de se séparer à nouveau. Mes recherches portent sur ces deux processus fondamentaux : la cassure de l’ADN et la recombinaison. J’étudie les protéines qui sont responsables de ces deux processus. » 

Devenir biochimiste… sans études de biochimie

L’intérêt de Corentin Claeys Bouuaert pour l’ADN est né pendant ses secondaires. « J’ai trouvé fascinante la façon dont l’ADN encode les informations indispensables à la vie ! C’est cela qui m’a donné envie d’être biochimiste. Problème : cette formation n’existait pas en tant que telle. Il fallait choisir entre les deux cursus. J’ai choisi la chimie, mais en prenant un maximum de cours à option en biologie. » 
Après un Erasmus en Espagne — où il prend gout à la vie d’expat’ —, le jeune homme trouve un projet de thèse à l’Université de Nottingham. « Ce sont les quatre années que j’ai passées au Royaume-Uni qui ont fait de moi un véritable scientifique. C’est là que j’ai commencé à vraiment lire la littérature scientifique — ce que je n’avais pas suffisamment pris l’habitude de faire pendant mes études à l’UCLouvain. J’y ai aussi appris les techniques de base du biochimiste : comment purifier de l’ADN et des protéines, comment étudier l’action d’une protéine particulière sur l’ADN, etc. »      

De la recherche in vitro au travail in vivo

Après avoir défendu sa thèse, Corentin Claeys Bouuaert a atteint son premier objectif : il est devenu biochimiste. Une expertise qu’il va apporter dans le laboratoire de biologie moléculaire du Dr Scott Keeney, à New York. « Ce laboratoire travaille sur la méiose in vivo, sur des levures et des souris. Je ne voulais pas travailler avec des souris, les cellules de levures me paraissaient déjà bien assez grandes ! Des molécules aux cellules, je suis donc passé à une nouvelle échelle. Cela dit je suis resté dans le domaine de l’ADN, en m’intéressant à ce qui se passe pendant la méiose. Pendant ce postdoc à New York, j’ai été amené à combiner les techniques de biochimie apprises à Nottingham avec les techniques in vivo utilisées par les biologistes moléculaires(1) et les généticiens(2). » 

Son propre laboratoire de recherche

Les subtilités de la méiose ne sont pas encore pleinement comprises. L’étudier sous l’angle biochimique est une approche originale. C’est sans doute ce qui a séduit le Conseil européen de la recherche (ERC). Corentin Claeys Bouuaert s’est ainsi vu octroyer un « starting grant »(3). Ce financement va lui permettre d’acquérir des équipements et de recruter l’un ou l’autre doctorant. Bref, monter son propre laboratoire — ce à quoi le jeune chercheur a toujours aspiré ! 
 « Mes travaux relèvent de la recherche fondamentale », explique-t-il. « Indirectement, ils pourraient potentiellement intéresser deux domaines de la santé : le cancer et la fertilité. En effet, le cancer peut être vu comme une maladie de l’ADN, causée par l’accumulation de mutations. Des mutations qui proviennent, entre autres, de “cassures” de l’ADN et de mauvaises recombinaisons… Concernant la fertilité humaine, nombre de fausses couches sont causées par des problèmes d’ordre chromosomique chez le fœtus. En comprenant mieux comment les processus de la méiose (dys)fonctionnent, nous entreverrons peut-être des solutions pour régler de tels problèmes… ou les éviter. » 

Candice Leblanc

(1)    Exemple d’une technique utilisée par les biologistes moléculaires : la microscopie par fluorescence qui permet, en les colorant avec un agent fluorant, de localiser des protéines dans une cellule. 
(2)    Exemple de génie génétique : introduire une mutation dans l’ADN pour en observer les conséquences pour la cellule ou l’organisme. 
(3)    D’un montant de 1,5 million d’euros, les « ERC starting grants » sont destinés aux jeunes chercheurs européens. 

 

Coup d'oeil sur la bio de Corentin Claeys Bouuaert

2006: License (Master) en chimie à l’UCL 
2007: Diplôme d’Études approfondies en biochimie à l’UCL et séjour Erasmus à l’Université de Salamanque (Espagne)
2011: Doctorat en sciences biomédicales à l’Université de Nottingham (UK)
Depuis 2012: Chercheur au Memorial Sloan Kettering Cancer Center & Howard Hughes Medical Institute (New York, USA)

 

Publié le 03 octobre 2018