Rabelais Marius Nkounawa Fotso - Configurations familiales agropastorales et construction des parcours individuels dans les sociétés rurales africaines : cas des jeunes Bamiléké dans la région de l’Ouest du Cameroun

ESPO Louvain-La-Neuve, Mons

19 juin 2019

14h30

Louvain-la-Neuve

Salle du Conseil (LECL 93)

Le Recteur de l'Université catholique de Louvain fait savoir que 

M. Nkounawa Fotso Rabelais Marius

soutiendra publiquement sa dissertation pour l'obtention du titre de Docteur en sciences politiques et sociales

« Configurations familiales agropastorales et construction des parcours individuels dans les sociétés rurales africaines : cas des jeunes Bamiléké dans la région de l’Ouest du Cameroun ».

Résumé

Les années que j’ai passé à construire la réflexion que je présente dans ma thèse m’ont appris qu’il s’agit d’un sujet complexe. Car, l’ambiguïté des mots, des notions, des concepts qui sont mobilisés complexifient l’apport d’une réponse qui devrait être simple, pour un questionnent qui l’est : pourquoi les jeunes abandonnent-ils le milieu rural pour la ville, ou tout en restant au village, se consacrent-ils à d’autres activités que l’agriculture ?

En réponse à cette question, souvent, des analyses « hâtives » se focalisent sur l’exode rural. On en évoque les causes et conséquences, en énumérant de facteurs génériques qui, partout en milieu rural, se manifesteraient de la même façon : l’absence de rémunération du travail agricole, la pénibilité des travaux ruraux, l’attrait de la modernité et de la ville, le mimétisme des jeunes du village qui, comme leurs ainés et proches, sont partis pour la ville, le dépeuplement des villages, la baisse de la productivité agricole, etc. Pourtant à regarder de près, les « petits boulots » en ville, qui sont en général la cible des jeunes issus des milieux ruraux, ne sont guère plus rémunérateurs que le travail agricole ; ils ne sont pas moins pénibles non plus. Au contraire, le départ vers la ville est insécurisant pour les jeunes qui délaissent le milieu rural.

Les différentes approches de la perception des mouvements des jeunes vers les villes des pays subsahariens me laissent profondément insatisfait, qu’elles soient démographiques, sociologiques, socioéconomiques ou anthropologiques. C’est pourquoi j’ai pris le pari dans cette thèse de travailler en profondeur à la compréhension du rapport des jeunes à leur environnement (manière de faire-famille et d’être-en-famille, rapport à la terre et à l’activité agricole, etc.). Il me semble que dans ces rapports logent des mécanismes qui travaillent en arrière-plan, lesquels influencent les familles et les individus qui les composent. Ce sont donc ces mécanismes que j’ai entrepris en premier lieu de « débusquer », et ensuite d’analyser et d’expliquer. Pour le faire, je me suis focalisé sur un niveau micro d’observation (fonctionnements locaux des petits villages, des exploitations agropastorales, des familles, des individus). D’ailleurs la thèse le montre, il n’y a pas d’effet positif des contextes régionaux ou nationaux sur le déplacement des jeunes des villages observés.

J’ai aussi pris le pari de dépasser les limites disciplinaires, pour réaliser un travail interdisciplinaire, parfois même à la limite de l’indiscipline. Je convoque de nouveaux concepts nouveaux, j’adapte au contexte Bamiléké des méthodes d’observation et de collecte de données empiriques qui souffrent de peu de contestation relativement à leur solidité scientifique, et j’emprunte des théories à des disciplines voisines.

L’issu de la recherche donne un aperçu nouveau sur les dynamiques de production, d’accumulation spécifiques aux Bamiléké, sur leurs capacités à configurer leurs exploitations, eu égard à un ethos tourné vers l’accumulation productive, mais aussi en fonction de la structure de la famille, de la nature de leur exploitation, des contraintes qu’elles subissent et des opportunités qu’elles saisissent, et qui modifient en permanence leurs logiques et stratégies productives. Ce travail préalable rend riche et originale cette thèse. Le parcours des jeunes n’est plus simplement appréhendé par le prisme de l’exode rural, mais par la subtilité qu’elle amène quand elle indique qu’il existe un lien très fort entre la nature de la configuration de l’exploitation familiale et le parcours des jeunes. Car, c’est le résultat de l’exploitation qui au final qui détermine les capabilités circulatoires des familles d’agriculteurs ruraux Bamiléké.

Membres du jury 

Professeur Philippe De Leener, CRIDIS, DVLP, FOPES, Uclouvain, Belgique / Promoteur et président
Professeur Philippe Bocquier, DEMO, Uclouvain, Belgique
Professeur Bernard Fusulier, CIRFASE, Uclouvain, Belgique
Professeur Guillaume Fongang, FASA, UDs, Cameroun
Professeur Marc Totté, COMU, Uclouvain, Belgique /Secrétaire
Professeur Denis Pesche, CIRAD Montpellier, France
Professeur émérite Marc Dufumier, AgroParisTech, France