La médication par voie orale, pour faciliter la vie des patients

C'était son rêve, et c'est en Belgique qu'elle a pu le réaliser... Tout droit venue d'Espagne, Ana Beloqui Garcia évolue dans les laboratoires de l'UCL depuis plusieurs années. Mais 2018 marque une étape clé : elle vient d'être nommée Chercheur Qualifié FNRS. Un titre qui lui permet de poursuivre ses recherches en technologies pharmaceutiques. Son créneau : la délivrance par voie orale de médicaments destinés aux malades chroniques, tels que les diabétiques, comme alternative aux traitements par injection. 

« J'ai toujours été fascinée par la question de la délivrance des médicaments, précise-t-elle. C'est un secteur de recherche excitant, où se croisent de nombreuses disciplines : médecine, chimie, pharmacie, ingénierie,... J'ai concentré ma recherche sur l'administration de médicaments par voie orale. En exploitant la pathophysiologie de l'intestin, je développe un nouveau système de délivrance de médicaments pour les besoins thérapeutiques insatisfaits dans le traitement des maladies chroniques comme le diabète ou la maladie de Crohn. Je travaille avec des formulations à base de lipides qui simulent ceux que nous ingérons avec nos repas et qui aident à digérer les médicaments administrés. En d'autres mots : je développe des systèmes de délivrance de medicaments á base de lipides pour administrer par voie orale des médicaments, qui ne sont actuellement délivrés qu'en intraveineuse. L'idée est de faciliter la vie des patients. La délivrance par voie orale est la moins chère, la plus naturelle et la plus facile à administrer. »

Aujourd'hui attachée au Louvain Drug Research Institute, dans le groupe Advanced Drug Delivery and Biomaterials où on étudie de nouveaux systèmes de délivrance de médicaments, la jeune femme se rappelle qu'initialement, elle voulait devenir médecin. « Mais je n'ai pas été reçue... Alors j'ai entamé des études de pharmacie dans le but de me rediriger vers la médecine par la suite. Je me suis vite rendu compte que les matières que je préférais étaient celles de la pharmacie comme la chimie ou les travaux pratiques, et que j'aimais moins celles de médecine ! » Plus question de réorientation, alors. Ana Beloqui Garcia termine ses études à l'Université du Pays Basque en 2007, et commence a travailler dans le laboratoire de technologie pharmaceutique de la même université. Entre 2009 et 2011, elle poursuit par un master en pharmacologie qui ouvre la porte à un doctorat en sciences biomédicales, dans le domaine de la nanomédecine, qu'elle décroche en 2013. Pendant sa thèse, elle réalise un stage de 7 mois à l'UCL, où elle intervient en tant que chercheur invité.

En 2014, de retour en Espagne, un coup de fil marque le tournant de sa carrière : le Pr Véronique Préat lui propose de participer au projet TRANS-INT, un projet européen réunissant 17 groupes d'experts parmi les plus importants en nanomédecine par voie orale. 

Elle vient de se marier, la lune de miel est de courte durée : 3 mois après la noce, elle s'installe en Belgique, rejointe par son mari un an plus tard. « J'ai d'abord refusé, mais mon mari m'a encouragée à accepter. Il est mon plus grand soutien ! Devenir chercheur a toujours été mon rêve. J'ai travaillé très dur et fait de nombreux sacrifices pour être ici aujourd'hui. Participer à ce projet européen était une opportunité unique dans la vie ! J'ai pu travailler avec les plus grands experts de mon secteur de recherche. Cela m'a aidée à élargir mes perspectives et ma vision de la nanomédecine, tout en me permettant de développer mes compétences de leadership. »

A la fin du projet, elle devient Chargé de recherches FNRS. A 35 ans, sa récente nomination en tant que Chercheur Qualifié FNRS lui permet de poursuivre son travail en matière de délivrance de médicaments et de se projeter dans le futur. « Je dois maintenant créer mon groupe de recherche et trouver des financements. Au début, je travaillerai toujours dans le domaine de la nanomédecine, toujours avec des formulations lipidiques. Mon projet vise à démontrer qu'avec une formulation, on peut induire un effet biologique, comparable à ce qui est délivré de manière naturelle dans le corps. Autrement dit, il s'agit de trouver une formulation qui permette de combiner l'effet biologique avec l'effet du médicament, pour simuler l'effet physiologique. Pour cela, l'idée est qu'on peut exploiter la physiologie intestinale pour obtenir un effet biologique avec une formulation pharmaceutique.  Dans les prochaines années, l'objectif sera  de trouver une manière de stabiliser le traitement, voir si c'est possible et comment le commercialiser. »
 

Anne-Catherine De Bast

Publié le 30 août 2018