Belges et Afro-descendants : discriminés

Publié le 24 novembre 2017

Le Centre de recherche en démographie de l’UCL a participé, avec l’ULiège et la VUB,  à une enquête auprès des Belgo-Congolais, Belgo-Rwandais et Belgo-Burundais pour la Fondation Roi Baudouin.  Les résultats, collectés auprès de 805 personnes réparties dans les trois régions du pays, sont éloquents : 60% des Afro-descendants sont diplômés mais ils sont 4 fois plus au chômage que le Belge moyen. 80% déclarent être victimes de discriminations, et ce dès le plus jeune âge. 61% se sentent Belges et 86% estiment être perçus comme étrangers.

Avec quelque 110 000 personnes établies en Belgique, les Belgo-Congolais, Belgo-Rwandais et Belgo-Burundais forment le 3ème groupe le plus important de populations issues de l’immigration hors Union européenne. Sans parler de la longue histoire commune que notre pays partage avec ces populations. Pourtant, ces citoyens sont peu présents dans le débat public et paraissent mal connus au sein de la société. Une lacune que la Fondation Roi Baudouin a voulu combler en commanditant une étude à des chercheurs de l’UCL (Centre de recherche en démographie), de l’ULiège et de la VUB.

Cette étude a permis d’évaluer comment les Belgo-Congolais, Belgo-Rwandais et Belgo-Burundais se définissent sur une série de réalités. Elle permet également des comparaisons avec l’étude portant sur les Belgo-Marocains et Belgo-Turcs (2015). Les résultats s’appliquent tant aux Belgo-Congolais, Belgo-Rwandais et Belgo-Burundais (bien qu’il existe des spécificités propres à chacun de ces groupes), qu’aux personnes originaires d’autres pays d’Afrique subsaharienne francophone. L’ensemble formant les Afro-descendants de Belgique.

Migration récente, installation durable

À l’inverse du Maroc et de la Turquie, les migrations congolaises, rwandaises et burundaises en Belgique sont récentes et résultent d’initiatives individuelles ou familiales : faire des études, rejoindre sa famille, fuir des conflits. Elles n’ont en outre jamais fait l’objet d’arrangements bilatéraux, pour accueillir de nouveaux travailleurs et leurs familles.
Les Belgo-Congolais, Belgo-Rwandais et Belgo-Burundais s’inscrivent dans un processus d’installation durable dans notre pays. Cet ancrage dans notre société se traduit par une inclusion plus prononcée de la 2ème génération, née et socialisée en Belgique. Toutefois, sur l’ensemble de la population étudiée, seulement 56% ont la nationalité belge - un taux nettement inférieur à celui observé chez les Belgo-Marocains (91%) et les Belgo-Turcs (93%).

Éduqués mais déclassés

Les Belgo-Congolais, Belgo-Rwandais et Belgo-Burundais se caractérisent par un haut niveau d’éducation : plus de 60% sont porteurs d’un diplôme de l’enseignement supérieur, soit un niveau d’éducation plus élevé que celui de la moyenne belge et d’autres groupes issus de l’immigration. Pourtant, le taux de chômage de ces populations est 4 fois supérieur à celui de la moyenne nationale. Plus de la moitié des personnes interrogées occupent en outre un emploi en-dessous de leur niveau d’études. Les causes de ce déclassement socio-professionnel semblent liées tant aux discriminations à l’embauche qu’à la non-reconnaissance en Belgique du niveau des diplômes acquis dans les pays d’origine.

Discriminations et revendications

Les discriminations, pas si exceptionnelles que cela ? Certainement pas : l’étude révèle que près de 80% des répondants ont subi des discriminations, des inégalités de traitement ou des insultes raciales. Et celles-ci touchent de nombreux domaines de la vie : emploi, logement, espaces publics, contacts avec les institutions… Elles sont également présentes dès l’enfance, dans les interactions au sein des établissements scolaires.

Le vécu des discriminations se répercute sur le sentiment de se sentir chez soi en Belgique : 61% des Afro-descendants se sentent belges et 86% estiment être perçus comme étrangers. Il trouve également un écho particulier dans les revendications liées au passé colonial. Trois-quarts des répondants estiment que la question coloniale est un sujet tabou en Belgique. 9 répondants sur 10 pensent également que l’histoire coloniale devrait être enseignée à l’école. 

L’espoir de la 2ème génération

La 2ème génération de Belgo-Congolais, Belgo-Rwandais et Belgo-Burundais se sent moins perçue comme étrangère et plus appartenir à la Belgique que leurs ainés, à l’inverse de ce qui est observé dans l’étude sur les Belgo-Marocains et les Belgo-Turcs.

Avec leur haut niveau d’éducation et leur double culture, les jeunes Afro-descendants offrent en outre un potentiel humain et socio-économique particulièrement important dans le contexte actuel de la mondialisation. Autant d’éléments sur lesquels capitaliser pour davantage de reconnaissance et d’inclusion dans la société.

 https://www.kbs-frb.be/fr/Newsroom/Press-releases/2017/20171122AJ