Jean Ladrière, un géant de la pensée

Publié le 15 novembre 2017

Un géant de la pensée, c'est l'image qui vient à l'approche d'une personnalité comme celle du Pr Jean Ladrière, disparu il y a dix ans et dont l'UCL – et plus particulièrement son Institut supérieur de philosophie – s'apprête à honorer la mémoire par un colloque international d'envergure, les 23 et 24 novembre prochains.

Jean Ladrière fut professeur à l'UCL et président de l'Institut supérieur de philosophie. Il y dirigea une centaine de thèses de doctorat, fit rayonner la philosophie louvaniste dans le monde entier et forma des philosophes à qui il laissa à la fois son empreinte profonde et le cadeau d'une liberté qui permet l'invention d'une pensée personnelle. Il fut aussi, entre autres, le précepteur du futur roi Philippe de Belgique, raison pour laquelle le recteur Vincent Blondel a souhaité demander le haut patronage du Roi pour ce colloque.

Philosophe certes, mais aussi logicien (sa thèse d'agrégation intitulée Les limitations internes des formalismes, en 1957, révolutionne la théorie de la démonstration en mathématiques), penseur d'une rationalité à la fois exigeante et sans rupture avec sa téléologie de l'espérance, de l'ouverture à l'existence et à toute la vie par le langage. Jean Ladrière reste un penseur d'une envergure exceptionnelle et dont la lecture ne cesse d’appeler une diversité d’interprétations et de débats.

À l'invitation du Pr Jean Leclercq, directeur de la Plateforme technologique Alpha où est déposé – notamment aux côtés de celui du grand écrivain belge Henry Bauchau – le Fonds d’archives Jean Ladrière, des spécialistes internationaux se rencontreront autour du thème « Herméneutique de l'existence et praxis de la vie sociopolitique », à Louvain-la-Neuve, les 23 et 24 novembre prochains. Y interviendront notamment les Prs Bruno Leclercq, de l'ULiège, Lambros Couloubaritsis de l’ULB, Dominique Lambert de l'UNamur, Marie Sassine, de l'Université d'Ottawa, Jean Greisch et Hubert Faes, de l'Institut catholique de Paris. Sans oublier le Pr Philippe Van Parijs, de l'UCL, qui fut au nombre des proches de Jean Ladrière.
Parmi ces chercheurs, mentionnons aussi Mathilde Bataille, boursière FRS-FNRS, qui consacre à Jean Ladrière une thèse portant sur son herméneutique de l'existence. Elle vient de coéditer avec les Prs Jean Leclercq et Nicolas Monseu la réédition de quelques textes du philosophe, dont sa précoce « Note sur l'existentialisme » de 1949, sous le titre L'existence, la raison et l'éthique. Tâches de la philosophie selon Jean Ladrière. Ces textes paraissent aux Presses universitaires de Louvain dans la collection « Petites empreintes » à l'occasion du colloque. Ils sont accompagnés d'une étude en forme de préface et de repères biographiques qui les rendent plus accessibles (c'est l'esprit de cette collection) à un public moins spécialisé, désireux de toucher « ce qui fait l’inspiration fondamentale de la pensée de Jean Ladrière : parvenir à une compréhension vraie de la réalité et du statut de l’être humain ».

La collection de référence « Empreintes philosophiques », toujours aux PUL, et à cette même occasion, republie un grand livre du philosophe, Vie sociale et destinée, paru premièrement en 1973 : il s'agit d'un ensemble de leçons et conférences articulées par l'auteur de manière à former un lien entre la raison et l'existence. Cela à l'époque même où après cette thèse d'agrégation monumentale, il vient de rédiger pour l'UNESCO un rapport intitulé Les enjeux de la rationalité. L’impact des sciences et de la technologie sur la culture (1970). Comme l'écrit dans sa préface Jean Greisch, ami de toujours du philosophe : « Rares sont les philosophes qui eurent autant de cordes à leur arc, et surtout, qui savaient s’en servir avec autant de dextérité et de précision que Jean Ladrière ».

Le programme du colloque.