« On achète des bonbons ? Non, ce seront des salsifis ! »

« Maman, on achète des bonbons ? Non, mon chéri. Allez, maman… J’ai dit non ! » Scénario classique aux abords de la caisse du supermarché. Pourquoi donc ces bonbons sont-ils disposés pile à hauteur des enfants ? Ces techniques non-conscientes qui visent à influencer les comportements en changeant l’environnement, sont souvent utilisées dans le marketing. Ces mêmes techniques peuvent aussi être utilisées afin d’inciter la consommation d’aliments sains. C’est ce qu'on appelle le nudging. Des chercheurs en psychologie de l’UCLouvain viennent de prouver qu’elles permettent aussi de promouvoir la consommation de légumes très peu connus. Avec des résultats remarquables qui ouvrent des perspectives en matière de lutte contre l’obésité.

En 2014, l’UCLouvain a initié une recherche sur la consommation de légumes favorisant la prévention et le traitement de l’obésité, dans le cadre du programme Food4Gut [1]. Parmi les dix groupes de recherche impliqués dans ce projet, l’équipe de psychologie de la santé (Olivier Luminet, Stephan Van Den Broucke, Valérie Broers), chercheurs à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCLouvain, s’est penchée sur l’intérêt d’appliquer le nudging pour augmenter la consommation de légumes « prébiotiques ». Ces légumes riches en fibres favorisent la prévention et le traitement de l’obésité.

Le salsifis a été identifié par des chercheurs du consortium Food4Gut comme un légume particulièrement intéressant pour son impact bénéfique sur le microbiote intestinal. Il fait partie de ces légumes « oubliés » donc peu connus et peu consommés. Ils sont pourtant facilement cultivables chez nous, donc faciles à se procurer en circuit court.

Plusieurs études de nudging ont été menées sur la consommation de soupe de salsifis dans les restaurants universitaires de l’UCLouvain. Dans une de ces études, une dégustation de soupe de salsifis était proposée à l’entrée. Les résultats ont dépassé les attentes. Alors qu’en temps normal seulement 11% des consommateurs de soupe choisissaient celle aux salsifis, 43% d‘entre eux ont fait ce choix durant les jours où le nudge était utilisé. Un autre résultat important est qu’après l’intervention, le pourcentage de consommateurs de soupe qui choisissent celle aux salsifis (19%) reste statistiquement supérieure à la période sans intervention, suggérant un maintien des effets à moyen terme.

Depuis plusieurs années, des chercheurs de l’UCLouvain étudient le microbiote intestinal comme cible thérapeutique dans la lutte contre l’obésité et les pathologies associées. L’approche psychologique étudiée à l’UCLouvain ouvre de réelles perspectives pour promouvoir un changement de comportement alimentaire collectif, au bénéfice de la santé publique et d’une agriculture locale.

            [1] Food4Gut est un programme de recherche interuniversitaire (UCLouvain, ULB, ULiège) qui tend à prouver que la consommation de nutriments prébiotiques permet de contrôler l’épidémie d’obésité et les désordres métaboliques qui y sont associés. L’originalité du projet tient de l’alliance d’experts en sciences humaines, biomédicales et agronomiques. A l’UCLouvain, Food4Gut fait partie du Louvain4Nutrition, consortium qui mène des collaborations dans le domaine des aliments et de la nutrition, autour d’une question cruciale : « Comment mieux nourrir l’Homme au 21ème siècle ? ».

            Publié le 06 février 2019