À quoi servent les statistiques?

LOUVAINS

Outil de manipulation ou d’appui à la compréhension du monde ? Plongée dans le monde parfois rébarbatif des statistiques, en compagnie de deux experts passionnés.

Creuser des complexités

Monsieur X se lève dans un monde régi par les lois probabilistes de la mécanique quantique. Il prend un médicament qui a fait l'objet de nombreux tests et monte dans sa voiture, dont la prime d’assurance a été savamment calculée. Sur Internet, il reçoit des promotions pour un hôtel qu’il a fréquenté récemment. Entretemps, il aura lu le dernier sondage politique publié par un quotidien. Du matin au soir, souligne Pierre Devolder, professeur à l’Institut de statistique, biostatistique et sciences actuarielles de l’UCL, les statistiques imprègnent notre vie quotidienne. Mais elles ne sont pas très aimées. « Il y a un rejet du quantitatif », explique-t-il, « mais aussi une crainte parce que, mal utilisées, elles peuvent devenir un outil de manipulation. »

De l’avis du prof de stat, leur atout est de permettre de creuser des complexités. « Quand on ne connaît pas, on teste, on estime afin de découvrir la face cachée d’un phénomène particulièrement compliqué ». Les statistiques accompagnent M. X, mais aussi l’analyse de textes littéraires et même de plaidoiries d’avocat. « Quel que soit le type de données, elles permettent de dire des choses complexes sans que l’on comprenne nécessairement l'essence du phénomène. » Mais… on peut aussi faire dire aux statistiques ce que l’on veut. « Si je demande à mes étudiants la proportion d’heures d’ensoleillement par jour au milieu du Sahara et qu’ils répondent 2/3 : c’est correct sur le plan mathématique (la nuit compte pour 1/3), mais cela ne signifie pas qu’il fasse mauvais 1/3 de la journée », explique l’expert qui se réjouit de la très bonne visibilité à l’international de la statistique à l’UCL. D.H.

> https ://uclouvain.be/en/research-institutes/immaq/isba

    L’Institut de statistique, biostatistique et sciences actuarielles (ISBA) fait partie de l’Institut de recherche multidisciplinaire pour la modélisation et l’analyse quantitative (IMMAQ).


    Appeler un statisticien, comme on appelle un... électricien

    « Comme la plupart des gens ne font pas l’installation électrique de leur maison eux-mêmes, la plupart des personnes qui basent leurs recherches sur des études quantitatives avec collecte, analyse et interprétation de données, devraient aussi faire appel à des professionnels », explique Céline Bugli, consultante du SMCS (Support en méthodologie et calcul statistique). Cette plateforme prodigue chaque année ses conseils pour 400 projets de recherche et d’enquêtes, forme plus de 600 personnes et donne 130 jours de formation.

    Parmi les clients de la plateforme en dehors de l’UCL, on compte notamment la Croix-Rouge, le programme européen Erasmus+OLS, de grandes entreprises pharmaceutiques et diverses asbl. En matière de formation, le SMCS collabore notamment avec BioWin, le Forem mais aussi Bone Therapeutics, une jeune société de biotechnologie spécialisée dans le développement de produits de thérapie cellulaire, ou de grandes entreprises comme Diagenode, UCB ou GSK.

    Céline Bugli pointe les atouts du SMCS. « La plupart d’entre nous ont une expérience dans le privé. Cela, et la proximité géographique et intellectuelle avec les chercheurs de l’Institut de statistique, nous permet d’être à la source des nouveautés en matière d’analyse de données. On fait aussi facilement le lien entre un scientifique plongé dans la recherche fondamentale et l’entreprise qui développe un produit commercial. » Des exemples ? Le SMCS est intervenu dans des projets UCL en collaboration avec l’industrie pharmaceutique, comme l’analyse statistique de données de puces à ADN ou des plans d’expériences pour des projets en collaboration avec GSK. D.H.


    Une expertise au service du bien commun

    En 2006, de nouvelles mesures ont été prises par le législateur, relatives à la traçabilité et au contrôle de la qualité du sang. Depuis lors, la Croix-Rouge, et plus précisément le Service francophone du sang, fait appel à la plateforme du SMCS pour lui permettre de répondre à ces exigences légales. « Nous avons adapté les outils standard aux cas particuliers rencontrés par l’organisation », explique Alain Guillet, consultant au SMCS. « Ce travail de développement est en constante évolution, car il faut sans cesse répondre aux nouveaux défis que le suivi de la qualité impose. »

    L’expertise statistique de la plateforme est saluée par André Rapaille, responsable Contrôle Qualité - Projet R&D du Service du sang de la Croix-Rouge de Belgique. « Cette collaboration nous a permis d’analyser une série de données d’études de manière approfondie et de partager les résultats de ce travail avec le monde scientifique par des publications et des interventions lors de congrès internationaux », se réjouit-il.

    > www.uclouvain.be/smcs

      Trois masters en data sciences

      Entreprises, assurances, banques, hôpitaux…, la société est impactée par l’abondance des données et la nécessité de les traiter et de les gérer stratégiquement. L’UCL organise trois nouveaux masters en Data Sciences : deux masters en science des données, l’un à orientation statistique, l’autre à orientation technologies de l’information, et un master ingénieur civil en science des données orientation technologies de l’information.

      > https ://uclouvain.be/masters-sciences-donnees

         

          Article paru dans le Louvain[s] de décembre 2017-janvier-février 2018