Des médicaments anticancéreux dans l'eau

LOUVAINS

Nos eaux usées contiennent des traces de médicaments que les traitements actuels d’épuration ne parviennent pas à éliminer. Comment contrer cette pollution ?

Quand notre corps a absorbé et distribué un médicament, il l’élimine via nos urines et nos selles. En Belgique, presque toutes les eaux usées – notamment celles de nos toilettes – passent par des stations d’épuration. Elles y subissent deux ou trois phases de traitements avant d’être rejetées dans la nature. Malheureusement, de nombreuses substances résistent à ces traitements d’épuration : médicaments, hormones, pesticides, nicotine, caféine, etc. Résultat : on en retrouve des traces, à des concentrations diverses, dans quasi toutes les eaux de surface (cours d’eau, étangs, mers, etc.) et dans de nombreuses nappes phréatiques.

Le cas inquiétant des anticancéreux

Le cas des médicaments anti-cancer est particulièrement interpellant. En Belgique, des traces de ces traitements abondent dans les eaux usées des hôpitaux et des domiciles des patients. Or, non seulement un grand nombre de ces substances ne sont pas biodégradables, mais en plus, elles ont probablement un impact sur l’environnement. Lequel, exactement ? « Pour le moment, nous l’ignorons », répond Raphaël Janssens, un ingénieur civil chimiste de l’UCLouvain qui termine une thèse sur ce sujet. « Les concentrations sont assez faibles et surtout, elles sont mélangées à d’autres substances. Il est donc difficile de mener une étude évaluant les effets précis des agents anticancéreux sur la faune et la flore. » Mais d’après Raphaël Janssens et nombre de chercheurs, ces effets existent très probablement. Et pour cause : les traitements anti-cancer sont conçus pour détruire les cellules cancéreuses, empêcher ou ralentir leur duplication de façon persistante. Or, quantité de chimiothérapies, par exemple, ne sont pas sélectives et attaquent aussi des cellules saines – ce qui explique d’ailleurs la plupart de leurs effets secondaires. « Il est donc possible que de tels agents cytotoxiques (toxiques pour les cellules) puissent faire muter l’ADN des organismes aquatiques. Ces mutations génétiques se transmettront aux générations suivantes, avec un impact sur les organismes et les écosystèmes dont nous ne mesurons pas les conséquences. Et c’est bien ce qui nous inquiète ! »

Dépolluer à l'aide de radicaux libres

Il est possible d’épurer davantage les eaux usées. Les radicaux libres, notamment, peuvent dégrader les molécules polluantes telles que les médicaments. « Il existe plusieurs techniques pour produire des radicaux libres, explique Raphaël Janssens, mais celles actuellement utilisées sont très énergivores. » En collaboration avec Patricia Luis Alconero, professeure à l’UCLouvain, le jeune chercheur s’est donc penché sur une nouvelle technique de photocatalyse. Leur méthode utilise des particules de métaux en suspension (photocatalyseurs) qui, activés par des UV, produisent des radicaux libres. Comparée à d’autres, elle permet de traiter de plus gros volumes d’eaux usées. Mais elle reste insuffisante. « En Belgique, chaque personne utilise en moyenne 110 litres d’eau par jour », rappelle Raphaël Janssens. « Sans compter les eaux usées des hôpitaux… Les volumes à épurer sont par conséquent gigantesques. Nous cherchons donc une façon pertinente de procéder, qui soit à la fois efficace et rentable aux niveaux économique, écologique et sanitaire. » Affaire à suivre...

Candice Leblanc
Journaliste freelance

> uclouvain.be/louvain4water
Lisez l’article complet paru dans ScienceToday : > uclouvain.be/traces-medicaments-eau

    Article paru dans le Louvain[s] de septembre-octobre-novembre 2019