En 2035, de vrais enseignants ?

LOUVAINS

L'étudiant de 2035 aura-t-il le privilège d'avoir de vrais enseignants, des professionnels qui maîtrisent leur matière à fond et qui connaissent les arcanes de la pédagogie ? Pour l'étudiant d'aujourd'hui, c'est au petit bonheur la chance : il peut tomber sur un chercheur-enseignant doué du talent inné de transmettre, d'accrocher, de faire réfléchir ; sur un chercheur-enseignant qui s'est donné le temps et l'énergie de se former à la pédagogie ; ou sur le modèle de série, dénué de l'option ‘kit pédagogique’.

Beaucoup d'universités sont conscientes de cette lacune et déploient des programmes pour tenter d'y remédier. L'UCL est d'ailleurs en pointe avec le Louvain Learning Lab. C'est formidable et salutaire… Mais… Mais cela reste une proposition de formation aux techniques pédagogiques alors que ce devrait être une obligation de formation. C'est un point noir, aussi mystérieux que les trous noirs de l'univers : la formation à la pédagogie n'est pas obligatoire dans le cursus pour devenir enseignant en université. On s'assure des connaissances vastes et pointues d'un chercheur-enseignant dans sa discipline. Mais pas de sa maîtrise de la pédagogie. Ou plutôt des méthodes pédagogiques. C'est ahurissant. On exige qu'il soit un professionnel de la recherche, mais pas de l'enseignement.

Peut-on, encore longtemps, refuser à la pédagogie ses lettres de noblesse, ne pas l’inclure dans la formation initiale et continuée ? Ces temps-ci, on aspire pour le futur à placer l'étudiant au cœur de la démarche d'apprentissage : qu'il soit davantage acteur, plus autonome, collaboratif, critique, créatif, capable de s'adapter. En un mot, moins mouton. Alors, il va falloir cesser de former des bergers qui mènent des troupeaux, et former des guides de haute montagne qui accompagnent l’ascension des étudiants.

 

 

 

 

 

Cécile Berthaud, journaliste à L’Écho

 

 

    Article paru dans le Louvain[s] de juin-juillet-août 2018