Étudiant·es entrepreneur·es. Allez-y, foncez !

LOUVAINS

Piqué·e par le virus de l’entrepreneuriat ? L’ écosystème UCLouvain est une fourmilière accessible entre autres aux étudiant·es, tant à Louvain-la- Neuve qu’à Mons. Depuis une mineure de sensibilisation en bac, jusqu’à l’accompagnement de projet en incubateur, en passant par la formation CPME, 2e au top mondial, ou des cours intensifs, sans oublier un statut académique d’étudiant entrepreneur. Recommandation : ‘allez-y foncez !’ car les risques sont, pour la majorité, moindres quand on étudie encore…

Se connaître et... se mettre en action

« En début de programme CPME (formation interdisciplinaire en création d’entreprise), deux étudiants issus, par exemple, de la Faculté de droit et de l’École polytechnique (EPL) qui travaillent ensemble ont souvent du mal à se comprendre. En fin de parcours, lors des défenses de mémoire, il n’est pas rare de voir le juriste présenter la partie technologique et l’ingénieur la partie juridique », témoigne Frank Janssen, professeur à la Louvain School of Management (LSM) et directeur académique du programme CPME et de la mineure en esprit d’entreprendre.

30 % issus d'autres universités

N’est pas CPME qui veut puisqu’on suit cette formation parallèlement à son cursus principal. Ouverte aux étudiant·es de trois Facultés en 1997, sur dossier et interview, elle l'est aujourd'hui à huit Facs, toutes associées à la gouvernance du programme. « La règle implicite est d’avoir un tiers d’étudiant·es de la LSM, un tiers du secteur des sciences humaines et un tiers des sciences et technologies et de la santé. Nous recevons parfois jusqu’à 180 candidatures par an et jusqu’à un tiers des inscrit·es peuvent venir d’autres universités francophones. » Le programme est interdisciplinaire, l’enseignement interactif et tous les travaux se font en équipe. « Les 35 étudiant·es sélectionné·es sont évalué·es sur base de travaux interdisciplinaires, de présentations orales et sont très vite exposé·es au terrain. Ils acquièrent des aptitudes entrepreneuriales mais aussi la capacité à comprendre et parler la langue d’une autre discipline », souligne le Pr Janssen qui n’est pas peu fier de rappeler que CPME est classé 2e mondial par le ranking Eduniversal, devant le MIT, Cornell University et Cambridge University, derrière Babson College, une université privée américaine, ‘la Rolls de l’entrepreneuriat’. « Nous avons abattu les cloisons entre les Facultés et donc les disciplines », s’enthousiasme l’enseignant. Et ça marche ? « Le taux de création d’entreprises est de 30 % même s’il n’y a pas uniquement des créateurs, mais aussi des repreneurs ou des intrapreneurs qui créent une activité nouvelle au sein d’une organisation existante. »

Préoccupations sociétales

« Les projets de mémoire CPME intègrent de plus en plus de préoccupations sociétales », constate de son côté Julie Hermans, professeure d’entrepreneuriat à la LSM à Louvain-la-Neuve et à Mons. En Hainaut, explique-t-elle, pas de mineure spécifique pour sensibiliser et encourager à ‘s’entreprendre’, car tous les étudiant·es de la LSM suivent le cours ‘Projet entrepreneurial’ mis en place par la Pre Amélie Jacquemin. En master, les étudiant·es tentent CPME à LLN, ou prennent l’option de trois cours donnés de façon intensive en six semaines à Mons. D’autres axes de spécialisation y sont proposés : la technologie au coeur du projet ; les dynamiques collectives (partenariats, équipes, mouvements sociaux) ou encore le ‘savoir entreprendre’, qu’il s’agisse de techniques classiques (business plan) ou plus récentes (design thinking). Tant à Louvainla- Neuve qu’à Mons, certains se destinent à travailler au sein de PME (inimaginable, dans le passé, pour un universitaire) ou d’organisations sociales. « Beaucoup souhaitent travailler dans des organisations à taille humaine et apporter une contribution positive à la société », poursuit Julie Hermans.

Se mettre en action

Comme à Louvain-la-Neuve, où les étudiant·es peuvent accéder à l’Yncubator pour faire accompagner leur projet, les Montois·es accèdent, sur dossier, au Student Start Lab (SSLab) dont Amélie Jacquemin assure la responsabilité académique (voir p. 12). S’il fallait donner un conseil aux étudiant·es, Julie Hermans recommande de « se connaître, connaître ses passions. Il ne faut pas attendre l’idée du siècle pour se mettre en action », conclut-elle.

Dominique Hoebeke
Cheffe info UCLouvain

> uclouvain.be/cpme
> Ranking Eduniversal : uclouvain.be/eduniversal-ranking-2018

L'Yncubator et le Student Start Lab

« 42 projets sont actuellement incubés à l’Yncubator à Louvain-la-Neuve – contre 4 au début, en 2015 – pour 90 étudiant·es, dont un tiers de filles », explique Sophie Neu, responsable d’un des cinq incubateurs étudiants soutenus par la Région wallonne. Qu’ils·elles viennent de la Louvain School of Management (LSM), de l’École polytechnique de Louvain (EPL), qu’ils soient kinés, juristes, psychologues ou romanistes, ceux·elles dont la niaque entrepreneuriale a contribué à les faire sélectionner bénéficient, pendant deux ans, d’un coaching individuel (deux fois/mois), suivent des workshops en soirée, participent à des événements de réseautage et profitent d’un espace de coworking qui leur est dédié. « L'accent est mis sur le partage d’expériences et l’interaction entre les projets », poursuit Sophie Neu qui insiste sur l’intérêt d’évoluer au sein de l’écosystème UCLouvain et d’être localisé au CEI LLN qui héberge 60 entreprises. « Les gens sont connectés, on a tout sous la main. » Sans oublier les liens avec UStart LLN, le club d’étudiant·es entrepreneur·es, les journées de l’industrie organisées par le CCII-Kot emploi, La LSM Conseil, le LLN Juris Club, ou l’UCLouvain Career Center du Centre d’information et d’orientation (CIO).

Le Student Start Lab, de son côté, accueille principalement les étudiant·es de l’UCLouvain Mons et de la HELHa. Il est placé sous la bannière Yump gérée par le CEI-La Maison de l’entreprise de Mons (avec le CamP, pour l’UMons et la Haute École Condorcet). Depuis son lancement en 2015, il a accueilli 51 projets pour 92 étudiant·es, « dont au moins 50 % ont conduit à la création d’une entreprise ou la prise d’un statut d’indépendant complémentaire/ d’étudiant entrepreneur sur le plan social/ fiscal », explique la Pre Amélie Jacquemin. Et à côté des entrepreneurs, encore majoritaires, l’entrepreneuriat au féminin gagne tout doucement du terrain… D.H.

 

 

> www.yncubator.be
> http://www.studentstartlab.be/
> https://www.ustartbelgium.com/lln/
> https://lsmconseil.com/
> http://www.llnjurisclub.be/
> uclouvain.be/career-center

      L'écosystème UCLouvain

      Depuis 1997, la formation CPME est un des piliers de l’écosystème UCLouvain dédié à l’entrepreneuriat (en master). Il comprend aussi la mineure en esprit d’entreprendre (dès le 2e bac), le statut académique d’étudiant·e entrepreneur·e qui offre un soutien pédagogique (comme pour tous les étudiant·es à profil spécifique - PEPS). Au-delà, on peut faire accompagner son projet au sein d’un incubateur à Louvain-la-Neuve (Yncubator) ou à Mons (Student Start Lab). Enfin, cet écosystème, c’est aussi le club d’étudiant·es entrepreneur·es de LLN (UStart LLN), le Louvain Technology Transfer Office (LTTO, un guichet dédié au transfert de technologies), les Fonds de capitaux à risque VIVES, le Forum Mind & Market, les parcs scientifiques de l’UCLouvain ou encore le Makilab.

      La formation CPME bénéficie du soutien de BNP Paribas Fortis et de la Sowalfin.

      > http://www.ltto.com/fr
      > http://www.mindandmarket.com/fr/
      > uclouvain.be/peps

      « Il faut persévérer »

      Des statuts d’étudiant entrepreneur, sur les plans social et académique ? Pierre-François Lovens, journaliste économique à La Libre, se demande pourquoi il a fallu tant de temps pour les créer. « Ce n’est pas un hasard si ces deux possibilités sont apparues quasi en même temps. Cela a levé les craintes de ceux qui hésitaient à combiner études et entreprenariat… même si certains n’ont pas attendu ce coup de pouce. »

      La Wallonie continue à stagner ? « On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Où en serait-on si ces initiatives n’avaient pas été prises ? On ne fait pas bouger une région avec un riche mais lourd passé industriel aussi vite qu'on le voudrait. Il faut persévérer », insiste le journaliste qui se réjouit que les universités aient enfin pris conscience du fait que leurs laboratoires regorgent de ‘pépites’ en puissance. « Aujourd’hui, entreprendre n’est plus un vilain mot dans le monde académique. Ce n’est que le début. Le monde de l’entreprise et le monde politique devraient davantage aller dans les universités et soutenir les talents qui s’y déploient. » Beaucoup d’étudiant·es « ont déjà la maturité pour structurer un business et qui y passent énormément de temps en plus de leurs études ».

      « Allez-y, foncez ! »

      On ne peut toutefois nier que les initiatives en faveur de l'entrepreneuriat sont tellement nombreuses que même un spécialiste ne s’y retrouve pas. Chaque université, chaque haute école, chaque Invest public lance des initiatives et ce foisonnement nuit à la lisibilité, remarque le journaliste, qui regrette aussi une logique de ‘prés carrés" sous-régionaux. « Pour atteindre une certaine maturité, la Wallonie devrait concentrer davantage ses initiatives. »

      Ceci dit, « tout le monde ne doit pas avoir créé sa start-up à 25 ans ! Mais ceux qui sont tentés doivent se jeter à l’eau. Pour la plupart des étudiant·es, le risque est limité et c’est un apprentissage incomparable. À ceux-là, je dis ‘allez-y, foncez !’ ». D.H.

      Adela Feier, édictrice entêtée

      Détentrice de deux masters, l’un en édition (Faculté de philosophie, arts et lettres), l’autre CPME, Adela Feier est pleinement investie dans sa start-up avec ses co-fondateurs, Benoît Guru et Donatien Schmitz. Read&Rate, qui a reçu deux prix à la Semaine de l’entrepreneuriat 2019, est le fruit de l’entêtement d’Adela qui a la chance d’avoir un père entrepreneur… et deux compères aussi amoureux qu’elle de l’entrepreneuriat. Sa maison d’édition fait appel à une communauté de lecteurs virtuelle pour la sélection des manuscrits et au crowdfunding pour financer la promotion des livres. « On veut intégrer les nouvelles technologies dans un secteur plutôt conservateur et pas assez efficace. Plus largement, on voudrait créer un écosystème autour du livre, le théâtre, le cinéma… » Adela Feier a dû se battre pour accéder à la formation CPME – elle remercie le Pr Cédrick Fairon de son soutien – aujourd’hui accessible à tous les étudiant·es de son ancienne Fac… Enfin, elle ne tarit pas d’éloges sur l’Yncubator : « L’accompagnement était exceptionnel, notre coach passionnée et nous y avons rencontré l’éditeur Luc Pire, qui nous a boostés et que nous voyons encore tous les mois », se réjouit la jeune éditrice. D.H.

      > www.readandrate.be

          Maroquinerie végétale

          Maurena Destra, étudiante de master en sciences de gestion (LSM) à Mons, a reçu des mains du Ministre-Président de la Wallonie, Willy Borsus, le prix du·de la meilleur·e étudiant·e-entrepreneur·e lors du concours Waldorado RTL-TVi. Elle a conçu une ligne de maroquinerie en cuir végétal, projet incubé dans le Student Start Lab.

          Mettre son égo de côté

          Étudiante à l’École des sciences du travail où elle suit un master en gestion des ressources humaines (GRH), Alicia Verspecht a créé ‘Prends-en de la graine’ avec Manuèle Robin, étudiante en psychologie. Le projet ? Préparer et commercialiser des en-cas et des petits déjeuners à Louvain-la-Neuve : validés par une diététicienne, ces bols sains allient smoothies, granola et yaourt. « Grâce à la mineure en esprit d’entreprendre suivie en bac, j’étais informée de toutes les possibilités qui s’offrent aux étudiant·es en matière d’entrepreneuriat et notamment l’Yncubator », explique celle qui a aussi obtenu le statut académique d’étudiante entrepreneuse qui l’aide beaucoup surtout en fin d’année académique. « Certains profs me soutiennent, d’autres comprennent moins », regrette la jeune femme qui prévoit de se consacrer à 100 % à ‘Prends-en de la graine’ l’an prochain. « À Louvain-la-Neuve, on emploie la cuisine de Mex&Go, libre le matin. On compte faire pareil à Namur tout en démarrant aussi des livraisons auprès des entreprises », poursuit Alicia qui se félicite que des professeurs de l'UCLouvain leur aient déjà fait confiance pour des petits déjeuners en réunion. Un conseil à donner ? « Il faut foncer, mais aussi être à l’écoute et mettre son ego de côté. » D.H.

          > www.prendsendelagraine.be/

          Just do it !

          Helion Cat ? Une jeune société qui crée des expériences ludiques pour la formation, le recrutement ou la communication, avec les nouvelles technologies : mobile, web, réalité augmentée et réalité virtuelle. Ludovic Mahieu la fonde alors qu’il est étudiant en sciences de gestion en horaire décalé à l’UCLouvain Mons. Partie de Top Memo, une application ludique d'entraînement cérébral, l’activité a rapidement évolué. Le Student Start Lab, qui venait d’ouvrir quand Ludovic a entamé son master, lui a donné un fameux coup de pouce : non seulement sur le plan logistique – disposer de locaux a permis de démarrer – mais aussi sur le plan de l’accompagnement par les mentors. « Je ne vois pas trop ce que nous aurions pu demander de plus ! »

          Un conseil à donner ? « Just do it! Il faut éviter de passer trop de temps à analyser son projet. En phase de démarrage, ça change tout le temps. Nous avons fait un gros pivot et tout un tas de micropivots, sans compter les ajustements mineurs. C'est presque une méthode essai-erreur. » Ludovic Mahieu n’hésite pas : « Il faut profiter des années d'études où on a en général très peu de charges et pas grand-chose à perdre. C'est le meilleur moment pour se lancer ! Et beaucoup de business peuvent démarrer avec très peu. » D.H.

          > https://www.hellioncat.com/

            Article paru dans le Louvain[s] de juin-juillet-août 2019