Faire gaz de tout bois

LOUVAINS

Le CHU UCL Namur sera désormais alimenté en chaleur et électricité à partir de biomasse. Une installation unique !

Le bois est un combustible abondant et disponible localement. Il a cependant un inconvénient : il est solide. Difficile en effet de l’utiliser pour alimenter un moteur. D’où l’intérêt de le brûler pour le transformer en gaz qui sera alors utilisé dans une chaudière classique pour produire de l’électricité et/ou de la chaleur. « L’intérêt de la gazéification », explique Hervé Jeanmart, professeur à l’École Polytechnique de Louvain (EPL) et spécialiste de ce procédé, « c’est que la conversion en tant que telle a un bon rendement : le gaz produit contient une quantité d’énergie quasi similaire à celle du bois. » Un problème cependant : lorsque la combustion n’est pas parfaite, elle s’accompagne de la production de goudrons qu’il faut détruire pour obtenir un gaz propre. « Nous avons développé le procédé Notar, dont le nom (‘no tar’, sans goudron) est explicite », raconte Frédéric Bourgois, collaborateur scientifique à l’UCL et co-fondateur de Xylowatt, la spin-off de l’UCL qui a réalisé l’installation du CHU. « Pour cela, nous avons séparé physiquement dans le réacteur les différentes étapes de gazéification. » L’installation de Mont-Godinne alimentera un système de tri-génération, le premier du genre : production d’électricité, de chaleur et de froid. De quoi satisfaire les besoins de l’hôpital, du moins hors pics exceptionnels.

Procédé sans frontières

« Dans ce projet industriel », constate Hervé Jeanmart, « l’université est logiquement peu impliquée au niveau recherche. Mais nous continuons à travailler sur les procédés de conversion thermochimique de biomasse au sens large. Et surtout, nous collaborons avec des pays d’Afrique subsaharienne pour y développer des technologies de gazéification pouvant être fabriquées localement. » L’équipe du Pr Jeanmart et Frédéric Bourgois viennent d’entamer un programme de 5 ans au Burkina Faso. Le but ? Produire de la… chaleur qui sera utilisée dans des procédés de conservation d’aliments. Un programme qui doit beaucoup à la Coopération universitaire pour le développement (ARES-CCD).

> www.xylowatt.com > www.chuuclnamur.be

Henri Dupuis
Journaliste freelance

    Article paru dans le Louvain[s] de décembre 2017-janvier-février 2018