Remarcher après une lésion cérébrale

LOUVAINS

Les lésions au cerveau impactent souvent la locomotion. La neuro-adaptation vise à améliorer la récupération fonctionnelle des patients. Un domaine que Thierry Lejeune étudie sous différents angles.

Un accident vasculaire cérébral (AVC) survient toutes les 5 secondes dans le monde. C’est la première cause de handicap moteur acquis chez l'adulte de plus de 60 ans. Chez les moins de 45 ans, c’est le traumatisme crânien qui est la première cause de handicap sévère. Les lésions cérébrales que ces accidents peuvent causer entraînent fréquemment des troubles neuro-locomoteurs importants chez les patients. Thierry Lejeune étudie la réadaptation neurologique de patients cérébrolésés mais aussi d’enfants atteints de paralysie cérébrale. « Mon équipe essaye de développer une évaluation fonctionnelle la plus valide possible des personnes handicapées », précise le professeur de l'Institut de recherche expérimentale et clinique (IREC) de l'UCL. « Lorsqu'on les rencontre, ces patients ont déjà eu un diagnostic, voire un traitement, et nous regardons ensemble ce qu’ils sont capables de faire et ce qu’on peut leur proposer de réapprendre. » Pour ce faire, l' équipe de Thierry Lejeune a mis au point des outils spécifi ques permettant de gérer le projet de réadaptation.

La robotique à la rescousse

Une des conséquences observées suite à une lésion cérébrale est la spasticité. Cette activation inappropriée des muscles est très invalidante : ceux-ci se contractent de manière involontaire, à des moments inadéquats du cycle de marche. Les mouvements des jambes sont alors anormaux, et les patients dépensent beaucoup d’énergie pour marcher lentement. Dans le cadre du Louvain Bionics et de la robotique de rééducation, les chercheurs ont pu tester l'efficacité d’un robot développé par la spin-off de l'UCL Axinesis. « Deux études cliniques randomisées ont montré qu’inclure les robots et les nouvelles technologies permet d’améliorer la réadaptation neurologique des enfants comme des adultes cérébrolésés », révèle Thierry Lejeune.

Une marche naturellement variable

À côté de ces recherches visant à améliorer directement les performances motrices des patients, et donc leur qualité de vie, l' équipe de Thierry Lejeune étudie de manière plus large le mouvement normal et pathologique. Car pour être capable d’imaginer des solutions pour améliorer un mouvement altéré en raison d’une maladie, il faut d’abord comprendre en profondeur comment il est exécuté. « Nous analysons le travail mécanique et les dépenses énergétiques générés par la marche sur différents sols par exemple », explique Thierry Lejeune. « Souvent, la marche est étudiée à court terme, sur une séquence de quelques pas. Elle paraît alors stable mais lorsqu’on l' analyse sur une période d’un quart d’heure ou plus, on constate que le rythme varie de manière structurée, et pas au hasard », précise le chercheur.

Du labo à la maladie de Parkinson

Ces résultats sont le fruit d’analyses effectuées au cours de la thèse de Thibault Warlop. Outre la découverte fondamentale qu’ils représentent, ils se sont déjà avérés précieux pour les patients atteints de la maladie de Parkinson. « Nos données sur la variabilité de la marche nous permettent d’obtenir des informations sur la stabilité de la marche de ces patients et d’estimer le risque de chute auquel ils sont exposés », indique Thierry Lejeune. Encore un bel exemple qui montre qu’entre recherche fondamentale et applications cliniques, il n’y a parfois qu’un pas…

Audrey Binet
Chargée de communication

Crédit photo : Hugues Depasse

    Article paru dans le Louvain[s] de mars-avril-mai 2018