Chaire Quetelet 2020 reportée aux 27-29 octobre 2021

Invisibilités et incertitudes
en sciences de la population

27-29 octobre 2021, Louvain-la-Neuve, Belgique

 

Alors que la disponibilité des informations sur les individus n’a jamais été aussi abondante, au travers notamment des bases de données administratives (registres, recensements, enquêtes) ou privées (traces des individus sur internet ou sur les réseaux téléphoniques), de nombreuses populations échappent partiellement, parfois complètement aux observations et mesures, que ce soit volontairement ou non. Il convient de distinguer l’invisibilité qui concerne des catégories de personnes et/ou d’événements qui ne sont pas ou plus mesurés de la même manière, de la carence ou de l’absence de données concernant des populations et des faits marginaux, numériquement peu nombreux et difficiles à recenser quantitativement. Ces différentes situations conduisent de facto à l’invisibilité ou à l’incertitude statistique !

L’invisibilité qui découle souvent de l’absence ou de la perte de reconnaissance juridique et administrative, peut être liée à un processus d’exclusion sociale et d’une marginalisation involontaire. C’est par exemple le cas des sans-abris ou encore des personnes en situation irrégulière sur le territoire. L’invisibilité peut également résulter d’un choix volontaire de la part de ceux qui craignent d’être stigmatisés ou qui souhaitent se mettre en marge de la société, pour échapper à un certain mode de vie, ou à la collecte d’informations à leur propos qu’ils jugent intrusive. Ces invisibilités, subies ou volontairement entretenues, constituent des formes de rupture entre l’individu et la société, par manque d’égard ou de reconnaissance, par défiance, ou à cause d’un vide que l’appareil administratif ne parvient pas à combler.

L’invisibilité peut aussi naître de manière purement fortuite, sans forcément refléter de mise à la marge. Par exemple, le lieu de résidence habituel ne correspond pas toujours au lieu de domicile « légal ». C’est notamment le cas des étudiants ou travailleurs qui vivent à un endroit (seul, en couple, en colocation, …) tout en demeurant domicilié à un autre (chez les parents, …). Cela génère de facto une difficile recension/observation de ces individus et/ou des doubles comptes. L’invisibilité statistique peut également concerner certains modes de vie d’abord « hors normes » mais de plus en plus fréquents dans un contexte de transformations des parcours familiaux et conjugaux. Ces exemples sont révélateurs de la diversité croissante des modes de vie et de leur évolution rapide (couples de même sexe, cohabitation hors mariage, adoptions homoparentales, résidence partagée des enfants en cas de séparations des parents, etc.). Ils suscitent l’intérêt des chercheurs en sciences sociales, mais nécessitent une adaptation constante des outils de collecte de données (prise en compte de « nouveaux » phénomènes et de nouvelles catégories).

Parallèlement, les situations associées à un tabou passé et/ou présent sont souvent l’objet de sous-estimations statistiques importantes. Par exemple, la place accordée aux identités de genre et aux orientations sexuelles reste minime dans l’espace de la statistique. Confrontées à l’hétéronormativité de la statistique courante et de la société, les populations lesbiennes, gaies, bisexuelles, queer ou transgenres sont susceptibles de passer sous silence leur situation familiale ou personnelle pour échapper au stigma social, ou parce que les individus ne se reconnaissent pas dans les catégories statistiques proposées. D’autres sujets sensibles peuvent être éludés des sources administratives et statistiques en raison du poids social et émotionnel auquel ils sont associés. Les violences sexuelles et conjugales en sont un exemple. La crainte de représailles, de jugements, d’incompréhension sont autant d’arguments qui peuvent pousser certaines victimes à ne pas déclarer des agressions subies et parfois quotidiennes. Enfin, l’histoire sociale, religieuse et culturelle d’une société laisse des traces sur les réticences actuelles à évoquer et assumer certains sujets, tels que le suicide, l’euthanasie ou l’avortement. Ces sujets tabous, parce qu’ils suscitent des condamnations sociales et des débats virulents, sont particulièrement difficiles à étudier et à appréhender sans craindre une forme de biais ou de sous-estimation dans la statistique classique, y compris dans les enquêtes spécifiques en la matière.

La Chaire Quetelet 2020 propose de s’interroger sur ces populations invisibles et l’incertitude des événements, sur les carences des outils d’observation, sur la manière de les appréhender statistiquement, sur les déterminants et les effets du processus d’invisibilisation statistique. Il s’agira finalement de mettre en évidence les insuffisances de la statistique courante face aux évolutions de la société.

Les communications pourront :

  • Avoir une portée conceptuelle et/ou méthodologique, qu’il s’agisse de :
    • Interroger le concept d’invisibilité ;
    • Estimer la qualité des données statistiques existantes et leurs biais possibles : les recensements et les enquêtes sont souvent confrontés au phénomène des non réponses ou des omissions - plus ou moins volontaires de la part des répondants – et donc à des problèmes de représentativité ;
    • Proposer des approches non conventionnelles pour l’estimation des populations invisibles, qu’il s’agisse d’enquêtes ou d’exploitations spécifiques de données administratives, voire d’approches combinant le quantitatif et le qualitatif ;
    • Recommander des solutions pour augmenter la visibilité statistique de ces populations ou de certains phénomènes.
  • Porter sur des populations spécifiques :
    • Réfugiés, sans-papiers, sans-abris, populations mobiles (ou nomades), enfants de la rue, populations étudiantes…
    • Analyser les conséquences socio-économiques de ce manque de visibilité pour les populations concernées mais également pour la société et les collectivités territoriales dans lesquelles elles vivent.
  • Aborder des phénomènes spécifiques, tels que par exemple :
    • Les transitions familiales et les nouvelles configurations du ménage;
    • Les tabous d’hier et d’aujourd’hui : genre et sexualité, criminalité, décès violents, avortement et santé reproductive, décès périnataux…
    • Les flous administratifs autour du logement, de la migration, de l’aide familiale …
  • Examiner les enjeux éthiques et politiques de l’invisibilisation et de la volonté de rendre visible.

 

Instructions pour la soumission d’une proposition de communication

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    • Contexte général
    • Objectif
    • Méthodes
    • Résultats (prévus)
    • Conclusion et/ou contribution (prévue)
  • Remplir le formulaire « Mots-clés » (2 à 5 mots-clés)
  • Non obligatoire à ce stade : Télécharger l’article ou un résumé long (en format PDF seulement, minimum 4 pages)

 

Calendrier à venir

  • Date de la conférence : 27-29 octobre 2021

 

Informations pratiques

  • Frais d’inscription : 150 €
  • Cotisation ONG/association : 50 €
  • Frais d’inscription doctorants/étudiants : 20 €
  • Un soutien limité sera offert aux auteurs des pays à faible revenu.
  • Les langues de la conférence sont l’anglais et le français. Toutefois, toutes les diapositives doivent être en anglais, même si la présentation orale est en français.
  • Lieu de la conférence : Louvain House, Traverse Comte Yves du Monceau, 1348 Louvain-la-Neuve.
  • Site Web pour les soumissions : easychair
  • Pour plus d'informations : chairequetelet@uclouvain.be