Écrire l’exil à l’heure de la mondialisation

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Poursuivant ses recherches sur les relations entre littérature, théâtre et exil, Pierre Piret postface la réédition de Anatolia Rhapsody de Kenan Görgün dans la collection de poche Espace Nord. Le livre avait initialement paru aux éditions Vents d’ailleurs en 2014.

Fils d’immigrés turcs arrivés en Belgique à la fin des années 1960, Kenan Görgün s’attache à saisir dans Anatolia Rhapsody, ce tremblement qui échappe aux tableaux et aux chiffres : l’impalpable de l’immigration.

Témoignant de son expérience personnelle et familiale, il rend compte, dans un récit où se mêlent l’émotion, l’indignation, l’analyse et l’humour, de l’ambivalence de l’exil ‒ exaltation de la découverte, d’un côté, douleur d’abandonner tout ce qui tissait l’être du sujet (une langue, une culture, une place dans le monde), de l’autre ‒ comme des aléas de l’hospitalité.

Son témoignage pourtant si singulier atteint à l’universalité tant le déraciné est devenu, en l’espace de cinquante ans, le personnage principal d’une tragédie qui concerne désormais l’humanité entière et, en particulier, nos démocraties.

Dans sa postface, intitulée « Écrire l’exil à l’heure de la mondialisation », Pierre Piret analyse les contraintes spécifiques qui pèsent sur tout écrivain issu de l’immigration. Si l’exil semble depuis Ovide avoir toujours suscité le désir d’écrire et l’inventivité des auteurs et des penseurs, le contexte dans lequel Kenan Görgün s’inscrit, celui de l’immigration économique dans un monde globalisé, s’avère sans commune mesure avec celui où prirent racine les grands chefs-d’œuvre nés de l’exil.

https://www.espacenord.com/livre/anatolia-rhapsody/

Publié le 08 mars 2021