(Re)venir à l'université

LOUVAINS

« Ma confiance en moi a été métamorphosée »

Non, il n’y a pas une façon unique d’accéder à l’université. Oui, il peut y avoir une vie entre le secondaire et l’université. Oui, il est possible d’accéder à ‘l’univ’ sur base de l’expérience acquise. La preuve par les passerelles et la valorisation des acquis de l’expérience (VAE). Écoutez ces étudiants et ces diplômés qui ont ‘osé l’université’… et qui ne le regrettent pas. Car tout n’est pas tracé dès le début. Leur conseil ? « Foncez ! ».

Une passerelle... vers plus de 100 masters

Une passerelle ? C’est l’occasion, pour des étudiants provenant d’une haute école, d’une école supérieure des arts ou de la promotion sociale, ou même des personnes ayant entamé une carrière professionnelle mais souhaitant évoluer, de poursuivre un autre type d’enseignement, à l’université par exemple. « Certains étudiants, à l’entame de leurs études, ne se sentent pas les épaules pour aller à l’université. Un manque de confiance en soi ou le besoin d’un enseignement davantage de proximité », explique Philippe Parmentier, directeur de l’Administration de l’enseignement et de la formation de l’UCL. « Après avoir décroché leur bachelier, ils se rendent compte qu’ils veulent poursuivre leurs études. Les passerelles leur permettent alors d’avoir accès à plus d’une centaine de masters à l’UCL… et 9 fois sur 10, cela se passe bien ! » Ce deuxième diplôme leur ouvre davantage de portes au niveau professionnel, sans parler du salaire qui sera souvent plus important.

Un encadrement adapté

Romain a par exemple décroché un diplôme de bachelier en éducation physique dans une haute école et désire poursuivre avec un master dans la même discipline. Cela lui donnera entre autres accès à l’enseignement dans le secondaire supérieur. Ou Stéphanie, qui est infirmière dans un service des urgences depuis plus de dix ans et qui, pour pouvoir devenir cheffe de service, doit faire un master en santé publique. « L’UCL propose quelques programmes phares, prisés par les étudiants, notamment grâce à leur encadrement adapté et particulièrement attentif au parcours de chacun. Citons par exemple les sciences du travail, la santé publique, la criminologie, les sciences de l’éducation. » Le plus pour ces étudiants ? Outre le fait de compléter leur formation, la passerelle leur permet de se confronter à un autre type d’enseignement et donc d’engranger une expérience supplémentaire. Et aussi d’avoir accès à la mobilité étudiante (Erasmus) ainsi qu’aux spécificités de l’UCL (kots-à-projet, mineure en culture et création), autrement dit de profiter de ‘l’expérience Louvain’.

Des admissions personnalisées

Ce système de passerelles vient d’être modifié par arrêté du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans le but de simplifier les procédures. Ce qui change, concrètement ? Exit l’année préparatoire, les étudiants ont désormais directement accès au master visé, pour peu qu’ils remplissent les conditions. Avec, à la clé, entre 15 et 60 crédits supplémentaires, à répartir sur les deux années d’étude, afin de se mettre à niveau. Et si les prérequis ne sont pas rencontrés, l’UCL accepte aussi les admissions personnalisées : « si le profil de l’étudiant ne permet pas d’accéder au master voulu via une passerelle, l’UCL a fait le choix d’étudier les demandes spécifiques, histoire de tenir compte du parcours de l’étudiant et de donner sa chance à tous », conclut Philippe Parmentier. Ainsi, à l’UCL, chaque année, ils sont près de 1 200 étudiants à accéder à un master via une passerelle ou la valorisation des acquis de l’expérience (VAE).

Isabelle Decoster
Attachée de presse UCL

> www.uclouvain.be/passerelles

Photo : Alexis Haulot|

Beaucoup de travail... et de bons moments

À presque 24 ans, Nicola Gossarta obtenu un bachelier en chimie (finalité biochimie) à l’Institut Supérieur Industriel de Charleroi et s’apprête à boucler un master en ‘bioingénieur : chimie et bioindustries’ à l’UCL via une passerelle. « En stage de bachelier, j’ai réalisé que je n’avais pas envie d’être technicien toute ma vie. J’ai donc cherché à faire une passerelle et choisi le master de bioingénieur en chimie car celui-ci apportait de nombreux débouchés », explique Nicola. Qui ne cache pas qu’une passerelle implique beaucoup de travail… mais aussi de bons moments : « j’ai rencontré ma compagne grâce à cette passerelle », sourit-il. Au final, l’étudiant se dit satisfait. « Comme je m’y attendais, le master était très appliqué et polyvalent. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de prendre une option en ingénierie biomoléculaire et cellulaire, de réaliser un mémoire dans le laboratoire de la Pre Christine Dupont (Institute of Condensed Matter and Nanosciences) et de faire un stage dans une industrie agro-alimentaire jusqu’au 15 août prochain », explique-t-il. L’avenir ? « D’abord terminer mon mémoire. Après, j’évaluerai à la fin de mon stage mais je ne compte pas faire une nouvelle formation longue. »

Cette passerelle n’a pas empêché Nicola de profiter des avantages UCL. « J’aime beaucoup jouer au tennis, nager, aller au cinéma et les jeux en ligne quand j’ai un peu de temps. Comme j’étais en kot, j’ai pu profiter pleinement de la carte sport et des Lundis du cinéma », conclut-il. D.H.

« J'ai osé l'université»

Els Pierard, diplômée en communication (2015-2016), a d’abord obtenu un bachelier en marketing avec une double diplomation de la Thomas More Hogeschool Mechelenet de l’EPHEC (Bruxelles) où elle a fait son 3e BAC dans le cadre d’un Erasmus Belgica. Els a ensuite choisi de faire une passerelle en information et communication à l’UCL sur le site de Mons, car, explique-t-elle, l’option web y est plus développée. « C’est un secteur qui m’intéresse fortement. Comme je ne me sentais pas réellement prête pour le boulot, j’ai osé l’université », dit-elle.

Même si elle considère que le choix d’une passerelle n’est pas facile – « c’est tout à fait différent de la haute école » – elle pointe, dans la colonne ‘positif’, les enseignants, « car ils se sont montrés compréhensifs à notre égard », donnant beaucoup de suivi et répondant très rapidement aux questions. « Je note aussi la solidarité entre les étudiants passerelles », poursuit la diplômée. Côté négatif, elle relève les examens à QCM, « la pire histoire de mes études. » Au final, Els Pierard se dit très satisfaite de son choix, grâce, notamment, à un échange au Québec en 2e année de master qui lui a permis de se perfectionner dans le domaine du web et de construire une réflexion critique sur ce secteur. Elle travaille au Québec aujourd’hui, dans la programmation web, et espère y rester. Els estime que « la passerelle permet d’acquérir une réflexion critique et de la maturité, on apprend à travailler en groupe et à avoir de la discipline dans son étude et sa vie. » D.H.

« Tout n'est pas tracé depuis le début »

Maître assistant à l’Institut Paul Lambin, en section informatique, José Vander Meulena derrière lui un (déjà) long parcours alternant études et périodes de travail. Après un graduat en informatique à l’Institut Paul Lambin, José travaille un an en entreprise avant d’entamer une licence en informatique qu’il combine, au début, avec son activité professionnelle. Il travaille à nouveau deux ans sur des développements informatiques liés à l’ONSS et postule pour faire une thèse de doctorat à l’UCL, qu’il mènera à bien de 2006 à 2012. Pourquoi le choix d’une passerelle ? « Je voulais apprendre les fondements de l’informatique. En programmant, je me demandais par exemple jusqu’où un ordinateur était capable d’aller. »

José Vander Meulen n’a pas eu beaucoup de difficultés à passer d’une haute école à l’université. « C’était assez naturel, l’organisation est presque similaire. Il y a un seul cours, une branche des statistiques, pour lequel j’ai dû acquérir les bases par moi-même. Par contre, si je n’ai pas eu plus de difficultés à réussir un examen à l’université qu’en haute école, obtenir de très bonnes notes était plus compliqué », dit-il. José ne s’est jamais senti un ‘numéro’ à l’université. « Les profs nous connaissaient et leurs portes étaient toujours ouvertes. C’était vrai aussi pour l’accompagnement du travail de fin d’études. Une fois assistant, j’ai moi-même travaillé de cette façon. »

Un conseil à de futurs étudiants passerelles ? « Il faut bien se renseigner, savoir ce que l’on va trouver dans une filière et se demander si l’université répond à ce qu’on cherche », insiste-t-il. Et le plus important : « tout n’est pas tracé depuis le début ». D.H.

« Ma confiance en moi a été métamorphosée »

Avant la ‘VAE’ (valorisation des acquis de l’expérience), Ingrid Nyströmcochait volontiers les cases ‘parcours scolaire chaotique’, ‘envie de faire des études mais circonstances qui ne le permettent pas’, ‘petits boulots’. Après…

« Une de mes colocataires terminait un doctorat. C’est elle qui m’a poussée à tenter l’université », explique Ingrid Nyström qui est alors assistante administrative dans une agence immobilière – « en gros, je faisais des copies et des cafés » – mais ne voit aucun sens à ce qu’elle fait malgré des conditions de travail agréables. « Un conseiller du Centre d’information et d’orientation sur les études (CIO) m’a parlé de la FOPES (Faculté ouverte de politique économique et sociale de l’UCL). J’ai su que c’était cela que je voulais faire. »

Pour compenser le manque de sens de ses ‘petits’ boulots, Ingrid s’était engagée dans beaucoup d’associations et d’ONG. « C’est cet engagement que j’ai pu valoriser dans mon dossier de candidature. Je ne connaissais rien en économie et pas beaucoup plus en politique mais j’ai suivi les cours de rattrapage du MOC pour passer l’épreuve d’admission en économie. Mais plus que les compétences à valoriser, c'est la motivation des candidats qui est prépondérante », insiste-t-elle.

Celle-ci n’a pas empêché Ingrid de se demander comment tenir le coup en y passant tous les samedis et un soir semaine, plus tous les travaux, sans oublier le travail et le reste. « Mais venir aux cours le samedi matin a été mon plus grand bonheur. » Aujourd'hui coordinatrice de projets dans une association humanitaire, elle reste assoiffée de sens. « Ces années ont été tellement riches qu'il m’est difficile de retrouver quelque chose d'aussi satisfaisant intellectuellement. En revanche, ma confiance en moi a véritablement été métamorphosée. Il ne faut pas négliger les compétences et la confiance que les études développent. C'est acquis, ce n'est jamais perdu. » Elle dont le mémoire a donné lieu à une collaboration d'écriture avec Patricia Vendramin (directrice de la FOPES) qui a abouti à la publication d'un livre publié aux Presses Science Po (Paris), n’a qu’un conseil à donner : « Foncez ! Nous sommes des privilégiés ici en Europe de pouvoir bénéficier d’une seconde chance. » D.H.

> www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/ ?GCOI=27246100596060&fa=author&person_id=1680
> FOPES : https://uclouvain.be/fr/facultes/espo/fopes

    Article paru dans le Louvain[s] de juin-juillet-août 2017