Bible et littérature face à la décolonisation des imaginaires : cadres théoriques et études de cas

ECR

30 mars 2023

31 mars 2023

Argumentaire complet

L’étude de l’intertextualité biblique dans la littérature s’est considérablement développée depuis quelques dizaines d’années, qu’il s’agisse d’entreprises à visée encyclopédique ou dotées d’un empan limité à une sphère linguistique précise (Parizet 2016a ; Fabry-Attala 2016). De manière parallèle, l’importance de l’histoire de la réception pour les études bibliques a été mise en lumière dans divers ouvrages et récemment encore (Burnet, 2021). Ce développement  permet désormais de prendre la mesure de la prégnance de la Bible dans les littératures occidentales.

Cependant, il semble que cet examen de plus en plus ample et systématique ait laissé à la marge une question interprétative de fond qui concerne le contexte dans lequel les œuvres littéraires considérées ont fait usage de la Bible. Qu’en est-il, en effet, de l’intertextualité biblique dans une littérature qui tente de penser le fait colonial et de déjouer l’emprise de  la colonialité sur des imaginaires individuels et collectifs qui ont été modelés, avec une durée et une intensité variables, par un christianisme imposé par les colonisateurs eux-mêmes?

Une première manière de répondre à cette question est de se pencher sur les études qui interrogent le rapport entre Bible et colonisation, soit dans une perspective intrabiblique, soit dans une perspective historique où est analysée la mécanique du « scriptural imperialism » propre au colonialisme moderne, surtout anglo-saxon, mis en lumière, notamment,  par Sugirtharajah (2001 ; 2015). La perspective postcoloniale est, de fait, l’héritière de l’expérience accumulée dans les pays appartenant jadis à l’empire britannique. Cette perspective a été complétée, surtout depuis une quinzaine d’années, par le « tournant décolonial » (Tamayo). Celui-ci est enraciné davantage dans le contexte latino-américain (Barreto & Sirvent) et les luttes contre une colonialité du pouvoir, de l’être et du savoir, la colonialité étant entendue comme matrice qui persiste puissamment au sein même de la modernité au-delà des indépendances politiques formelles. Dans les deux versants de ce qui nous apparaît comme un mouvement unique -même s’il est traversé par certaines hétérogénéités conceptuelles et axiologiques qu’il conviendra de préciser-, l’enjeu pour nous sera bien de préciser l’ambivalence du christianisme dans les pays jadis colonisés; il apparaît tantôt comme un des dispositifs du pouvoir colonial, tantôt comme une ressource permettant d’articuler symboliquement et pratiquement des résistances à ce même pouvoir. Ces réflexions, souvent interdisciplinaires, situées au carrefour de la philosophie, l’histoire, la politologie et les sciences religieuses, laissent à leur tour dans l’ombre le travail de résistance et de ré-imagination mené dans la littérature et les arts.    

Le présent symposium souhaiterait problématiser l’articulation des trois axes évoqués : Bible, littérature et décolonisation. La problématique est immense et la production académique sur ce sujet semble partielle ou ponctuelle (voir Parizet 2016b).