Conférence | Le patrimoine culturel chinois entre sauvegarde et surexploitation

CULTURE

18 novembre 2019

19h30

Gratuit

Louvain-la-Neuve

Auditoire Studio 13

Par Laurence Bernard

Riche d’un patrimoine plurimillénaire, la Chine conserve sur son territoire des nombreux témoins du passé d’une qualité exceptionnelle.

Comparée à la pratique occidentale, la tradition chinoise de collectionner qui remonte à l’époque des Song (Xème-XIIIIème siècles) était bien différente dans sa conception. Cependant la recherche archéologique en Chine, initiée par les Occidentaux à la fin du XIXème siècle, a changé le rapport au patrimoine. En effet, les tombeaux fouillés, résidence des ancêtres, n’intéressaient pas les collectionneurs chinois pour des raisons culturelles et de superstition. On collectionnait les peintures, les œuvres de grands calligraphes, les objets raffinés, les bronzes anciens signifiants du rapport aux ancêtres. L’héritage était plus spirituel que matériel. L’engouement occidental pour les antiquités chinoises a sans doute précipité le phénomène des fouilles et nourrit un intérêt nouveau pour les objets funéraires et du quotidien.

Ces richesses artistiques ont été souvent mises en danger au cours des deux siècles passés. Le Sac du Palais d’été en 1860 a dispersé les collections impériales ; la Révolution culturelle a anéanti des pans entiers du patrimoine. Plus proche de nous, le grand boom économique des années 80 accompagné de nombreux chantiers gigantesques sur le territoire chinois, couplé au développement exponentiel du tourisme de masse, reste un danger toujours présent pour la préservation des sites historiques et naturels.

Récemment, le nationalisme lié au retour de la Chine sur la scène internationale se manifeste par la mise en avant de sa culture, de son ancienneté et de sa richesse. La préserver, c’est permettre un ancrage culturel plus grand parmi la population actuelle et future. Ajoutons-y les voix plus nombreuses qui s’élèvent contre les chantiers de destruction, le nombre croissant de musées qui ont ouvert leurs portes, la loi sur la préservation des biens culturels édictée en 1982. L’UNESCO ainsi que des coopérations internationales se sont mises en place. Enfin des initiatives privées (Ruan Yisan en 2006 contre les destructions menées sans discernement) ainsi que quelques grandes universités se sont ajoutées au mouvement de conscientisation au patrimoine historique.

Le mouvement de sauvegarde est bien en marche, mais le grand dilemme auquel doit faire face la Chine aujourd’hui est celui qui se pose à tous les grands monuments culturels mondiaux : comment rendre accessible les sites historiques au plus large public, tout en le préservant des excès d’un tourisme de masse toujours croissant et des dérives commerciales liées à l’exploitation excessive de lieux chargés d’histoire ?

Diplomée en Histoire de l'art et archéologie de l'UCL, Laurence BERNARD est aussi titulaire d'un certificat de langue chinoise et d'un certificat de langue tchèque. Chargée de cours à la Faculté Saint-Louis et à la Haute École Marie Haps à Bruxelles, elle est aussi conférencière indépendante au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles, au Centre des Hautes Études chinoises à Bruxelles, au Centre de langue et culture chinoises à Bruxelles... Elle est aussi spécialiste de la culture chinoise et des relations Orient - Occident.
 

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