Séminaire de recherche

Crises, critique, démocratie
2020 – 2021
Programme
 

(Le séminaire a lieu les vendredis de 14h à 17h)

Le programme

Vendredi 30/10/2020 : Crise critique et démocratie, par Jean De Munck, directeur du CriDIS (professeur, CriDIS) - Salle du Conseil PSP - Collège Michotte - 2è, A224

Vendredi 20/11/2020 : La démocratie ouverte: principes et applications, par Hélène Landemore (professeure à Yale University, USA). Discussion introduite par Olivier Jégou (chercheur CriDIS & Cirtes, UClouvain) - Leclercq 93

Vendredi 18/12/2020 : L’avenir de l’Etat social ouest-européen, par Edouard Delruelle (professeur à l’ULg) - Leclercq 93

Vendredi 26/2/2021 : Interprétations de la crise et mouvements sociaux, par Geoffrey Pleyers (chercheur FNRS, professeur, CriDIS)- Leclercq 93

Vendredi 26/3/2021 : Quand le droit se saisit de la crise : les cas des familles transfrontières et de l’urgence psychiatrique, par Olivier Struelens (chercheur FNRS, CriDIS) et Antoine Printz (chercheur FNRS, CriDIS) - Leclercq 93

Vendredi 23/4/2021:  La crise de la démocratie participative, par Mathieu Berger (professeur, CriDIS) - Leclercq 93

Journées au vert les jeudi 27 et vendredi 28 mai 2021 : Grande conférence : Dominique Bourg (Université de Lausanne, Suisse) - lieu à préciser

La perspective

Les sociétés contemporaines se définissent, presque sans exception, comme des sociétés en crise profonde et systémique. Après la chute du Mur, les années 1990 avaient été marquées par l’annonce de la « fin de l’histoire », c’est-à-dire la fin des contradictions fondamentales concernant la direction que prenait, et devait prendre, la modernisation. Cette parenthèse se referme dès la crise financière de 2008. Celle-ci a fait resurgir toutes les contradictions portées par l’expansion du capitalisme. Nous assistons depuis lors à une prolifération des crises, tant sur le plan politique, qu’écologique et sanitaire. Le triptyque du marché capitaliste, des droits humains et de la démocratie représentative n’apparaît plus (ni sur le plan de la prédiction, ni sur le plan normatif) comme l’horizon indépassable de notre temps. A la place, nous voyons s’ouvrir un temps d’incertitude, vécue collectivement dans l’angoisse plus que dans l’espérance.

Permanente, multiple et infinie, la crise devient ainsi synonyme de normalité. Le séminaire du CriDIS, au cours de cette année 2020-2021 cherchera à traiter ce paradoxe aux plans épistémologique et politique.

(1) Au plan épistémologique, le séminaire entend problématiser l’usage du concept de crise en sciences sociales

Il s’agit d’abord de s’interroger sur le concept de crise.  Qu’est-ce qu’une crise ?  Comment la distingue-ton de difficultés systémiques passagères ? Y a-t-il une quelconque unité de la crise ? Aujourd’hui, les crises induisent le plus grand doute sur nos représentations de l’histoire. L’impératif du présent, de plus en plus « urgent », le brouillage du long terme au profit du court terme, la généralisation de la catégorie du risque, témoignent d’une mutation de l’expérience historique.  La croissance, le développement, le progressisme, tous ces mots-clefs des sciences sociales, tombent-ils en désuétude face à l’expérience historique contemporaine de l’extension du domaine de la crise ? Le catastrophisme transmis par le discours médiatique pourrait le laisser croire.

Il s’agit aussi d’interroger le nouage de la crise et de la critique. Un lien fort avait été établi par Marx entre crise et science sociale critique, lien approfondi et retravaillé par l’Ecole de Francfort. Qu’en est-il aujourd’hui de ce lien conceptuel ? Partageons-nous le concept de crise légué par Marx, et si non, quelles corrections lui apportons-nous ? Les crises sont-elles, quoiqu’imprévisibles, inévitables ? Découlent-elles de logiques économiques, sociales et politiques dont on peut reconstruire les enchaînements ? Ou bien devons-nous les considérer comme des évènements radicalement contingents ?

(2) Au plan politique, les crises contemporaines mettent non seulement en péril l’expansion de régimes démocratiques dans le monde, mais aussi la survie d’institutions démocratiques là où elles apparaissent relativement bien établies. Il est possible que l’attraction du régime démocratique décroisse dans les prochaines années, dans le monde et même en Europe. La capacité de résistance des démocraties existantes est mise à rude épreuve.

On peut d’une part s’interroger sur les limites internes des systèmes politiques démocratiques. Tant les idéaux de la représentation que ceux de la participation sont mis en péril. L’analyse effective des conditions de légitimité et d’effectivité des institutions démocratiques révèle, face aux crises, des difficultés systématiques qui ne peuvent probablement pas être traitées par de simples réformes. Comment expliquer la fragilisation des démocraties ? Faut-il en réviser les conceptions normatives ou bien transformer les conditions réelles d’effectuation ? Face au désastre écologique, ou à la montée des populismes, ou au risque sanitaire, faut-il réviser nos idéaux démocratiques, à la baisse, ou à la hausse ? Des réformes institutionnelles sont-elles nécessaires ?

Les limites externes de la démocratie sont également importantes, en particulier du côté du système économique. Le capitalisme est souvent déclaré responsable des crises multiples du monde contemporain, plus que la démocratie. Mais les tentatives de démocratiser le capitalisme s’avèrent très difficiles à mettre en œuvre. On peut s’interroger à cet égard sur l’avenir de l’Etat social ouest-européen. Cette forme de régulation du capitalisme est-elle fragilisée, ou au contraire renforcée, par les crises contemporaines ? Comment le « social » se transforme-t-il, notamment sur le terrain de la relation salariale et de l’aide sociale ou psychologique ?

« Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions. Qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors ? », demandait, de manière prophétique, J.J. Rousseau en 1762. Deux siècles et demi plus tard, le constat a légèrement changé : nous sommes empêtrés dans la crise, et la « solution » révolutionnaire s’est effacée de nos horizons. Mais la question de Rousseau demeure, cependant, pertinente. L’élucidation des possibles reste la tâche des sciences sociales contemporaines.