Thèses défendues

CISMOC

L'intention de cette recherche est de retracer le parcours des acteurs religieux dans le quartier de chiffonniers du Moqattam (à savoir surtout Soeur Emmanuelle épaulée par la congrégation copte des Filles de Marie et Abûnâ Sam'ân). Il s'agit d'essayer de comprendre l’impact de leur action sur les habitants, mais également comment ceux-ci perçoivent ces différents acteurs. A travers une enquête de terrain nous tentons en outre de saisir l'impulsion que ces intervenants ont donné à la vie religieuse des coptes du Moqattam (pratiques de dévotion, croyances, écoles du dimanche...) mais aussi leur place dans la vie sociale du quartier (la vie "politique" locale", la constitution de réseaux de clientèle, la proximité avec tel ou tel clan...). Un autre volet concernera la manière dont ces différents acteurs religieux ont tissé des liens avec l'extérieur du quartier, notamment grâce au réseau des paroisses et au rayonnement des deux grandes figures religieuses du quartier dans des styles très différents. Cette vie communautaire s’est développée également en rapport avec l’amélioration progressive des conditions de vie des chiffonniers. Les rapports des acteurs religieux vis-à-vis de la problématique du développement apparaissent donc particulièrement cruciaux pour comprendre leur ancrage dans le quartier. Ce travail s’inscrit dans une démarche socio-historique basée essentiellement sur des sources orales et l'observation directe. (2006-2014, promoteurs : P. Servais & J. den Heijer)

Notre domaine de recherche s'articule autour de l'expression musicale de musulmans européens comme indicateur des transformations des subjectivités contemporaines. Cet angle d'approche éclaire le phénomène peu exploré des lentes mutations culturelles et cultuelles des intimités qui s'opèrent au quotidien dans les foyers musulmans d'Occident. Nous étudions donc les productions musicales en tant que terrain privilégié d'observation des transformations contemporaines des identités musulmanes qui explicitent la dimension religieuse. Les artistes musulmans d'Europe sont habités de sphères distinctes, mais aux frontière souples, telles que la tradition culturelle héritée ou de l'ailleurs, celle culturelle et civilisationnelle musulmane et celle islamique et ils vivent des interpénétrations multiples. C'est cette complexité qui est mise en exergue au travers de la négociation des sphères et les constitutions d'intersections. Ce rapport des identités plurielles, parfois contrastées, met en évidence le dialogue identitaire et permet aussi de jauger le degré de fidélité des artistes au référentiel islamique, que ce soit par la norme, le sens… Cette recherche se veut en même temps une contribution à l'étude des croisements et des métissages culturels ainsi qu'aux conditions de leurs possibilités, car ces productions musicales puisent leurs répertoires tant dans la tradition islamique, dans celle musulmane et dans celle spécifiquement européenne-occidentale contemporaine. Cette recherche se veut aussi une contribution à une socio-anthropologie des expressions musicales contemporaines. Les artistes musulmans européens négocient une sémantique qui s'élabore à partir de la reformulation des identités et sculptent des contours musicaux islamiquement normés, culturellement métissés et mondialisés tout en étant, à partir d’un système de sens définit par le religieux, dans le développement d'un processus de spiritualisation dans la culture de l'Occident.(2005-2010, promoteur: F. Dassetto)

La thèse s'attache à analyser les usages que le Maroc fait de l'Islam dans sa politique étrangère. Il s'agit de décrypter les acteurs, le processus de décision, les moyens, les objectifs et les limites de cette instrumentalisation dans une période qui s'étend sur les années 1991-2003. Le choix de cette période se justifie par le fait que le facteur islamique en relations internationale est évoqué d'une manière très fréquente après la fin de la guerre froide dans différentes régions du monde (Asie centrale, Caucase, Balkans...). Le rôle du facteur islamique dans les politiques étrangères des grandes puissances, notamment les États-Unis et la Russie, est une chose évidente, d'autant plus que la scène internationale a été marquée les dernières années par la présence d'activités transnationales des organisations islamistes qui s'imposent comme acteur important dans un système international déréglementé.
La diplomatie marocaine a intégré d'une façon claire le facteur islamique dans ses relations extérieures depuis l'indépendance et lui a toujours gardé une place de choix durant la guerre froide. Cette ligne diplomatique a été favorisée et maintenue par Hassan II et Mohamed VI après le 11 septembre, bien qu'elle subisse actuellement des réformes très importantes au niveau de la conception et de l'action. Une étude comparée de la dimension islamique dans la politique étrangère du Maroc, entre les deux chefs de l'État (Hassan II et Mohamed V), sera nécessaire pour mettre en perspective les innovations apportées par Mohamed VI à une politique qu'on associe souvent à Hassan II. (2004-2008, co-promoteurs: C. Roosens, F. Dassetto)

Au sein de la société urbaine syrienne, l’autorité morale exercée par les oulémas est actuellement sans équivalent. Cette autorité repose d’abord sur des légitimités diverses (traditionnelle, savante, charismatique et politique) que le clergé local s’efforce d’asseoir par le biais de pratiques discursives et de manipulations symboliques. Elle résulte ensuite d’interactions quotidiennes (enseignement, guidance spirituelle, médiation, travail caritatif, …) par le biais desquelles les oulémas nouent des relations intimes avec les fidèles. Enfin, cette autorité morale constitue un capital social que les leaders religieux syriens entendent convertir en influence politique, en élargissant leur accès à la sphère publique mais aussi en intervenant directement auprès des institutions étatiques.(2005-2009, co-promoteurs: F. Dassetto, G. Kepel)

Le lien entre les communautés musulmanes et turques de Sud-Est européen et la politique étrangère turque constitue un aspect fondamental dans l'étude de la politique étrangère du pays envers les pays de la péninsule pendant les années 1990, une décennie fort troublée.
La Turquie, généralement parlant, poursuit des relations de "pérennité" avec les communautés turques et musulmanes, présentes sur le territoire Sud-Est européen, ainsi qu'avec les pays majoritairement musulmans comme l'Albanie et la Bosnie-Herzegovine.
Ceci est devenu plus claire durant la première décennie qui a suivi la fin du système de la bipolarité internationale. La Turquie, libre des contraintes, manifesta sa volonté de s'engager prudemment mais activement dans la région. Chose qui a engendré des préoccupations de la part des autres pays de la région. La Turquie était soupçonnée de vouloir atteindre ses propres intérêts en instrumentalisant la religion pour construire une alliance, un axe, entre les communautés turques et musulmanes de la péninsule. Notre étude vise donc à étudier les stratégies et les moyens que le pays déplore dans sa politique étrangère pour atteindre ses objectifs nationaux. (2003-2007, promoteur: C. Roosens)

L'islam semble étendre son emprise sur un nombre de domaines sociétaux qui va en s'accroissant. Le phénomène s'observe sous des formes différentes (khulc en Égypte, question des femmes voilées en Europe comme au Machreq, résistance religieuse en Iraq, au Liban et dans les Territoires Occupés). Bref, il semblerait qu'au moins la face perceptible et visible de diverses sociétés arabes s'islamise.
Par ailleurs, on voit surgir le phénomène de la globalisation. Cette tendance d'enchevêtrement de plus en plus rapide de systèmes et de marchés semble affecter la souveraineté des États.
Quelle est la relation entre l'islam et la globalisation? Comment des cultures musulmanes se positionnent-elles vis-à-vis de la globalisation? Y a-t-il des convergences et des divergences traçables entre les différents "islams" en progression?
Si on constate une tendance d'islamisation de la vie publique, on observe également au travers de la région couramment appelée "monde arabe" - comme s'il s'agissait d'une entité monolithique figée - un essor extraordinaire de la popularité des modes de vie occidentaux propagée par l'industrie que Barber a nommé McWorld. Conjointement apparaît une autre problématique: celle de la relation entre globalisation et démocratie.
Sans négliger le cadre historique, il conviendra donc de mesurer les références à l'islam à différents niveaux: pouvoirs politiques, mouvements sociaux des parties de la société.
À ces fins, il nous faudra examiner différents secteurs publics, privés et sociaux dans certains pays du Machreq. Il conviendra de sélectionner soigneusement des secteurs clés, susceptibles d'illustrer les phénomènes. (2004-2008, co-promoteurs: A. Aït Chalaal, F. Dassetto)