Thèses en cours

CISMOC

 

Morgane Devries : Reconfigurations et réinterprétations de la notion de communauté dans le champ islamique européen : une socio-anthropologie de l’engagement de jeunes musulmans à Bruxelles

Dans un contexte caractérisé par des dynamiques valorisant des visions politico-idéologiques de la « communauté », notre projet propose d’étudier la manière dont cette notion est construite socialement par un public de jeunes de tradition/confession musulmane à partir de leurs engagements au sein de collectifs musulmans. Si la littérature souligne, entre autres, l’influence idéelle/utopique de l’idée de umma ou « communauté islamique universelle », soutenue en partie par des mouvements religieux d’obédiences frériste et salafiste, dans les mobilisations et actions collectives, elle ne nous permet pas de comprendre les significations qui sont données à cette notion de communauté en général, ni concernant les effets performatifs de tels référentiels politico-idéologiques sur ce point. Or, une compréhension sociologique de ces significations permettrait de saisir la portée de cet imaginaire social dans l’engagement des jeunes et leurs constructions identitaires et, par conséquent, dans leur participation à viser un « commun » et à faire société dans un cadre démocratique pluraliste. Pour ce faire, notre enquête s’appuie sur une ethnographie des modalités d’engagements et de leurs univers-référentiels au départ d'associations islamiques bruxelloises qui se réfèrent à différents courants islamiques pour comprendre l’articulation des références et appartenances de ces jeunes, depuis les significations qu’ils/elles attribuent à la notion de « communauté » et de leurs manières d’interpréter le « bien commun ». (2020-2023, promoteurs B. Maréchal & H. Seniguer)

Lionel Remy : Ethnographie du militantisme politique marxiste des musulmans belges : une étude de cas élargie

Ce projet de recherche propose de réaliser une ethnographie du militantisme politique marxiste des musulmans en Belgique dans le cadre méthodologique de l’étude de cas élargie (Burawoy, 1998). Du point de vue des techniques d’enquête empirique, la recherche se propose de coupler deux techniques complémentaires : la participation observante (Wacquant, 2010) dans différents lieux de la formation militante (un groupe de base de la section locale du PTB à Schaerbeek, la section Comac à Namur et la participation active aux événements partisans supra-locaux tels que Manifiesta, l’Université Marxiste, le Semaine de la Solidarité, etc.) et la récolte de récits de vie auprès des militants revendiquant leur musulmanité/islamité. Sur base de ces-derniers seront élaborées des cartes cognitives, soumises aux enquêtés pour correction lors d’un second entretien. D’une part, une ethnographie de la « carrière militante » (Fillieule, 2001) et les « dilemmes pratiques » (Mauger, Poliak et Weber, 2013) qu’elle implique est rendu possible par la participation observante, et d’autre part la récolte de récits de vie ouvrent la possibilité de disposer des trajectoires biographiques des acteurs jusqu’à l’engagement. (2018-2022, promoteurs : B. Maréchal & O. Servais)

Antoine Delporte : Identités et appartenances de jeunes musulmans dans divers quartiers bruxellois

Après avoir eu l’occasion de collaborer à une recherche portant sur la question des temps sociaux au sein du GiRSEF / UCL, Antoine Delporte, sociologue, a obtenu une bourse doctorale financée par la Chaire Islams contemporains en janvier 2016. Dans le cadre de cette recherche doctorale de type qualitative, il réalise un terrain dans les quartiers de Bruxelles auprès de jeunes d’ascendance musulmane. Sa thèse concerne le rapport à la religion chez ces jeunes en mobilisant les questions de construction identitaire, d’appartenances multiples et d’ancrages dans un espace territorial particulier, le quartier. (2016-2019, promoteur: B. Maréchal)

Ghaliya Djelloul : Dispositif d'enserrement et tactiques de desserrement : lecture genrée et spatiale du "champ du pouvoir" en Algérie par l'analyse de la "motilité" de femmes résidant à Alger

Cette recherche porte sur la reconfiguration du « champ du pouvoir » en Algérie après la « guerre contre les civils » des années 1990 pour comprendre ses effets sur le lien social, politique, et l’apparente stabilité du régime malgré la crise de sens structurelle qu’il traverse depuis au moins trois décennies. À partir d’une conception foucaldienne du pouvoir, elle porte son intérêt non pas sur le fondement, mais sur le fonctionnement du pouvoir, déplaçant ainsi la question de « par qui » à celle de « comment » la société algérienne est-elle gouvernée ?
Adoptant une perspective « infrapolitique », l’enquête s’est basée sur une ethnographie de 14 mois portant sur les expériences quotidiennes de 25 femmes résidant ou séjournant fréquemment au centre et à l’est de la wilaya (collectivité territoriale) d’Alger. Menée dans une perspective féministe, cette recherche s’intéresse aussi bien aux ancrages qu’aux mouvements spatiaux et sociaux des femmes dans la société algérienne, c’est-à-dire aux « places » qui leur sont attribuées, mettant en évidence les enjeux que soulève l’encadrement du mouvement de leurs corps pour leurs familles et communautés, mais également aux « places » qu’elles prennent grâce aux stratégies qu’elles déploient pour s'approprier le champ des possibles en matière de mobilité spatiale, en vue d'un projet de mobilité sociale. Après avoir mis à jour les dispositifs d'enserrement à travers lesquels elles négocient leurs mouvements, ainsi que leurs tactiques de desserrement, la réflexion s'appuie sur la transversalité des rapports de genre pour s’élargir à la reconfiguration du lien entre fait politique et religieux dans la constitution de la communauté politique, et à l’occupation par la société civile d’un « espace public » aujourd’hui en Algérie. (2013-2019, promoteur: B. Maréchal)

Christine Godesar : Les jeunes ont-ils un problème avec la tolérance aujourd’hui ? De la guerre des concepts aux dialogues des raisons. Mieux saisir les enjeux au cœur des tensions pour pouvoir mieux réagir demain

En mobilisant une approche interdisciplinaire et comparée entre christianisme, islam et sécularité, ce projet entend analyser les conditions nouvelles d’un dialogue des raisons. Il s’agit de pouvoir analyser les tensions et leurs origines voire aussi les dispositifs futurs d’une cohésion sociale respectueuse de chacun. Plus précisément, à partir de l’étude sociologique de terrain sur base de la méthode des « forums réflexifs », nous visons à cerner et analyser les discours des jeunes. (2015-2018, promoteur: B. Maréchal)

Fadi Iskandar : Islam wallon : modalités de déploiement et processus d’intégration

Cette recherche vise à étudier l’islam en Wallonie sous l’angle de sa réalité sociologique. Il s’agit de produire, dans un premier lieu, une « sociographie » voire une description approfondie de la réalité de l’islam wallon à partir de deux angles (une description des populations et des organisations musulmanes; et identification des courants de l’islam wallon contemporain construisant le champ religieux-idéologique). En deuxième lieu, la recherche vise à s’interroger d’une part, sur les réalités et processus d’intégration de l’islam au sein de la réalité wallonne (dynamiques internes, interactions et relations réciproques, connexions interinstitutionnelles, spécificités des différentes générations musulmanes avec leur dynamiques intra et intergénérationnelles etc.), et d’autre part sur le leadership musulman au sein du même territoire (présence et/ou absence d’élites religieuses jouant un rôle nouveau, par rapport aux leaders traditionnels ou importés, dans le processus de construction de l’islam wallon etc.). (2016-2020, promoteurs : B. Maréchal & F. Dassetto)

Hanifa Touag : Le salafisme en Belgique : de la pureté à la transaction

Le salafisme en Belgique est un inconnu paradoxal : régulièrement interpellé dans les médias et dans les discours religieux et politiques, il a souvent fait l’objet d’analyses partiales et partielles. L’intérêt de cette recherche qui se veut dépassionnée résidera tout à la fois dans ses aspects historiques (par l’élaboration d’une socio-histoire du salafisme en Belgique), empiriques (par la restitution de récits de vie susceptibles d’éclairer les parcours sociaux et religieux des salafis), théoriques et épistémologiques. Nous partons d’une hypothèse forte : le salafisme en Belgique est un laboratoire des évolutions plus générales du salafisme en Europe. Visage de l’islam contemporain couramment associé à la dépolitisation et au « post-islamisme », le salafisme, tel qu’il s’articule en Belgique et de plus en plus ailleurs, n’a non seulement pas délaissé la question politique (il élabore un « politique autrement » connu d’autres mouvements sociaux), mais il intègre en son sein, pour publiciser et donner corps à l’utopie, des éléments très modernes et très profanes. Ce glissement du salafisme de la pureté à la transaction, du moins dans ses modes d’expression, n’est pas sans conséquence : si le salafisme n’est plus seulement la référence rationnelle à un corpus de normes rigides et « littérales », s’il admet aussi d’autres voies « normatives », sur quelles légitimités peut-il encore se fonder ? A partir d’une soixantaine d’entretiens semi-dirigés réalisés en Belgique, et occasionnellement en France, nous tenterons d’apporter des éléments de réponses sur une identité religieuse plus dynamique qu’il n’y paraît. (2011-2018, co-promoteurs: B. Maréchal, C. Wihtol de Wenden - Sciences Po. Paris)