La Chine et le monde auront-ils changé après le Coronavirus ?

Après l’épidémie, Pékin demeurera une puissance économique, un immense marché, un membre du conseil de sécurité de l’ONU, une puissance militaire montante dans son environnement régional. Sur ce plan-là, il y a peu de changements susceptibles d’affecter la place de la Chine sur la scène internationale.

Cependant, la manière dont les autorités chinoises auront géré in fine l’épidémie pourrait bouleverser l’image du pouvoir auprès des Chinois eux-mêmes. Le régime politique chinois pourrait sortir renforcé d’une crise bien maîtrisée, mais, à l’inverse, si des défaillances devaient être mises en exergue, il pourrait connaître une sorte de ‘Tchernobyl’. Cette catastrophe nucléaire mal négociée par le pouvoir soviétique de l’époque contribua à le décrédibiliser au moment où il tentait de se réformer.

La Chine actuelle, en pleine ascension, n’est pas comparable à l’URSS finissante que Gorbatchev tentait de sauver mais un déficit de crédibilité et de stabilité soudain affecterait la confiance des partenaires et des investisseurs étrangers.

Quel impact l’épidémie pourrait-elle avoir sur les rapports entre les grandes puissances ?

Lorsque les grandes puissances font face à une menace commune, la tendance à la coopération l’emporte souvent. Il y a habituellement une convergence sur les objectifs à poursuivre même si des divergences sur les moyens à utiliser pour y parvenir demeurent.

Face à une menace commune telle une épidémie, transfrontière à l’évidence, le besoin d’instruments de gouvernance mondiale est davantage mis en exergue.

Ce qui n’empêche pas, bien sûr, le débat sur la meilleure manière d’opérer : d’aucuns prôneront des mesures drastiques de confinement, d’autres des tests ciblés systématiques, d’autres encore une responsabilisation accrue des institutions publiques ou privées. Tous collaboreront cependant à la recherche du remède efficace, ce qui peut favoriser le multilatéralisme, le recours aux organisations internationales spécialisées et l’action concertée.

Sandy Tubeuf, professeure en Economie de la Santé à l’Institut de recherche santé et société (IRSS) et à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES)

Tanguy de Wilde d’Estmael

Professeur en sciences politiques et relations internationales. Chercheur à l'Institut de Sciences politiques Louvain-Europe où  il dirige les Chaires Baillet Latour UE-Russie et UE-Chine.

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